Mt 5,33-37 AU SUJET DU SERMENT
Mt 5,33-37 : AU SUJET DU SERMENT
L’Ancien Testament demandait souvent au Juif d’honorer ses serments ( Ex 20,7 ; Lv 19,12 ; Nb 30,3 ). Il se développa dans le judaïsme toute une casuistique au sujet des serments (Mt 23,16-22) : quelles formules sont permises ? Quelles formules lient vraiment l’homme ? Quels sacrifices expiatoires peuvent réparer la fautes du Juif qui n’a pas respecté son serment ?
« Tu n’invoqueras pas le Nom du Seigneur, ton Dieu, pour tromper : le Seigneur ne tiendra pas pour innocent celui qui invoquera son nom pour tromper. » (Exode 20,7)
« Vous ne ferez pas de faux serments par mon Nom : tu profanerais le Nom de ton Dieu. Je suis le Seigneur » (Lévitique 19,12).
« Voici ce que le Seigneur a ordonné. Lorsqu’un homme fera un vœu au Seigneur, ou un serment pour se lier par un engagement, il ne profanera pas sa parole ; il fera exactement ce qui est sorti de sa bouche ». (Nombres 30,3).
« Malheureux êtes-vous guides aveugles, vous qui dites : “Si l’on fait un serment par le Temple, il est nul ; mais si l’on fait un serment par l’or du Temple, on doit s’en acquitter”. Insensés et aveugles ! Qu’est-ce qui est le plus important : l’or ? ou bien le Temple par lequel cet or devient sacré ? Vous dites encore : “Si l’on fait un serment par l’autel, il est nul ; mais si l’on fait un serment par l’offrande posée sur l’autel, on doit s’en acquitter”. Aveugles ! Qu’est-ce qui est le plus important : l’offrande ? ou bien l’autel par lequel cette offrande devient sacrée ? Celui qui fait un serment par l’autel fait donc un serment par l’autel et par tout ce qui est posé dessus ; et celui qui fait un serment par le Temple, fait un serment par le Temple et par Celui qui l’habite ; et celui qui fait un serment par le ciel fait un serment par le trône divin et par Celui qui siège sur ce trône » (Mt 23,16-22)
Pour ne pas offenser Dieu en jurant par son Nom, on jurait en prononçant des formules où ne figuraient pas le Nom de Dieu. Jésus réagit contre cette casuistique complexe : « Je vous dis de ne pas jurer du tout ! » (v.34). L’A.T. avait déjà critiqué l’abus du serment (Am 8,14 ; Os 4,15 ; Si 23,9-11).
« En ce jour-là les belles jeunes filles et les jeunes gens s’évanouiront de soif, eux qui jurent par le sacrilège de Samarie… Ils tomberont et ne se relèveront plus ». ( Amos 8,13-14).
« N’allez pas au Guilgal, ne montez pas à Beth-Aven, tout en jurant : « Par la vie du Seigneur » (Osée 4,15).
« Que ta bouche ne s’accoutume pas au serment et ne te fais pas une habitude de nommer le Saint ! … Celui qui jure et prononce le nom en toute circonstance ne sera jamais exempt de péché » (Siracide 23,9-11).
Jésus est clair et radical :; vous jurez par Dieu, en définitive, quand vous le faites par le ciel, ou par Jérusalem, ou par votre tête, qui appartient à Dieu, elle aussi. Surtout, Jésus libère de tout le juridisme juif qui entourait les serments, pour renvoyer les hommes à leur honnêteté, à leur sincérité, à la confiance dans le prochain (v.37).
C’est au cœur de l’homme que Jésus s’adresse ; il fait appel à la droiture tout simplement. C’est le mauvais qui inspire le mensonge, la méfiance, la malhonnêteté qui ont donné naissance à la pratique alors abusive du serment.
v. 33 : « Vous avez encore appris qu'il a été dit aux anciens : Tu ne feras pas de faux serments, mais tu t'acquitteras de tes serments envers le Seigneur. »
v. 34 : « Eh bien moi, je vous dis de ne faire aucun serment, ni par le ciel, car c'est le trône de Dieu, »
v. 35 : « ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Cité du grand Roi. »
v. 36 : « Et tu ne jureras pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir. »
v. 37 : « Quand vous dites 'oui', que ce soit un 'oui', quand vous dites 'non', que ce soit un 'non'. Tout ce qui est en plus vient du Mauvais. »
C’est la quatrième antithèse.
Les consignes de Jésus sont d’une extrême modernité. Il aborde ici tout le problème bien actuel de la « communication » entre les personnes. Beaucoup de rapports humains sont viciés de l’intérieur par la duplicité, la combine, le faux-semblant, la falsification, la ruse, le mensonge… La publicité en est devenue douteuse… L’information peut aussi être trafiquée… Et tout cela vient du « Mauvais », c’est-à-dire du Diable, ennemi de la Vérité.
Jésus nous invite à la vérité dans nos « dialogues », dans nos conversations, dans nos échanges. Inutile de chercher une garantie extérieure dans un « serment » (Je te jure que je dis la vérité !). Une parole d’homme doit avoir une valeur en elle-même : oui, si c’est oui ! non si c’est non ! Jésus ne crée pas une morale nouvelle. Il n’abolit rien. Il « achève » de l’intérieur ce qui est, au fond, l’idéal de tous les humanismes véritables.