Mt 6,1-4 L'AUMÔNE

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mt 6,1-4 :  L’AUMÔNE

            Avec le chapitre 6, Matthieu regroupe les règles de vie du Royaume. Il va mettre en contraste les actes de justice faux et vrais. Prenant d’abord comme exemples les 3 piliers qui structurent la piété juive : les aumônes, la prière et le jeûne, Jésus indique que le meilleur des actes, ayant pour but des mobiles égoïstes, intéressés, perd toute sa valeur devant le Père céleste. En fait, Jésus présuppose que ses disciples accompliront ces œuvres (prières, aumônes, etc.) et il leur montre quelles doivent être, en ces circonstances, les dispositions de leur cœur. Il parle à nouveau sous forme d’antithèse pour attirer l’attention et faire réagir. A la prière Matthieu y ajoute l’enseignement de Jésus sur le « Notre Père ».

                        Jésus va s’en prendre aux « hypocrites », au sens de l’époque où hypocrite signifiait « acteur », c’est-à-dire celui qui joue un rôle pour des spectateurs, pour la galerie. Souvent d’ailleurs les acteurs du théâtre antique jouaient avec un masque. Marc utilisera le mot une seule fois ; Luc, 3 fois ; Matthieu 14 fois, comme apostrophe favorite à l’égard des scribes et des pharisiens. Le sens moderne que nous donnons au mot hypocrite (« cacher ses sentiments, montrer des qualités que l’on n’a pas ») n’était pas dans la bouche de Jésus.

v. 1 : « Si vous voulez vivre comme des justes, évitez d’agir devant les hommes pour vous faire remarquer. Autrement, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux. »

            Ce verset pourrait être appelé « la règle générale ». Les chrétiens de la communauté de Matthieu continuent de pratiquer les œuvres de piété juives les plus importantes : l’aumône, la prière et le jeûne. Matthieu les invite à le faire dans l’esprit du chapitre précédent. L’expression : « Si vous voulez… évitez », ou bien : « Gardez-vous », ou encore : « Prenez garde », revient souvent chez Matthieu. Elle signale des tentations réelles de la communauté, qui a besoin d’être prévenue sur tel ou tel point.

            Il existe une fine distinction entre ce commandement et celui que l’on trouve précédemment  en Mt 5,16 : « Que votre lumière brille devant les hommes : alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux ». L’œuvre en question dans les deux passages peut être la même. Mais la différence de motivation est profonde : dans le premier cas, il s’agit de recevoir l’approbation des hommes ; dans l’autre cas, c’est pour glorifier Dieu. Ainsi, deux actes identiques peuvent avoir une valeur totalement différente devant celui qui voit les secrets du cœur.

            L’expression « votre Père qui est aux cieux » ne signifie pas que Dieu est loin, comme est loin le ciel. Le mot « ciel » (ou les cieux) était une manière juive de désigner Dieu. L’expression signifie donc tout simplement « auprès de Dieu votre Père ».

            Jésus donne donc ici un principe essentiel, une règle générale : vivre dans la discrétion, vivre à l’intérieur. Ne chercher ni l’éloge, ni l’approbation, ni la récompense pour ce que l’on fait. Vivre en présence de Dieu, avec lui, pour lui. Ce qui ne veut pas dire se renfermer en soi… Plaire à Dieu simplement, exigence infiniment plus dépouillante que de plaire aux hommes. Infiniment plus apaisante aussi !

            v. 2 : « Ainsi, quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner de la trompette devant toi, comme ceux qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense.

            v. 3 : « Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite,

            v. 4 : « afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra. »

            Le mot « hypocrite » du v.2 a disparu dans la traduction, et remplacé par « ceux qui se donnent en spectacle » ; il s’agit des Pharisiens qui se trompent eux-mêmes en s’imaginant plaire à Dieu par un accomplissement tout extérieur et matériel des préceptes de la Loi.

            Cela est donc vrai pour toute bonne œuvre : celui qui la fait avec l’intention de recevoir l’honneur des hommes n’aura pas d’autre récompense que celle-là. Par contre, Dieu est attentif à celui qui offre réellement un verre d’eau en son Nom (Hébreu 6,10 ; Mt 10,42). D’une manière générale, comme l’apôtre Paul nous le rappelle : « Ce qu’on fait de bien saute aux yeux, et s’il en est autrement, cela ne peut rester caché » (1 Timothée 5,25).

            « Que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite ». Jésus demande à ses disciples que leur charité soit invisible, c’est-à-dire, discrète, humble, aux yeux des hommes ; le Père voit dans le secret, cela doit suffire.

            « Ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra ». C’est une belle définition du Dieu Père : il reste proche de ses enfants, prêt à récompenser tout ce qu’ils font de bien ; il est plein d’attention, de bonté, de tendresse, de délicatesse !

            Voilà de quoi transformer notre vie, la simplifier, au jour le jour !

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Publié dans MATTHIEU

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