Mt 13,1-23 LA PARABOLE DU SEMEUR

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mt 13,1-23 : LA PARABOLE DU SEMEUR

                Matthieu rassemble dans ce chapitre 13, le troisième grand discours de Jésus, soit sept paraboles qui, par les questions qu’elles soulèvent, lui permettront de distinguer clairement les disciples et la foule, et surtout de répondre aux questions que posaient sans doute les chrétiens de son temps.

                Jésus est alors à un tournant important de son ministère : il se heurte à l’hostilité ouverte des chefs religieux qui ont déjà décidé de le supprimer (Mt 12,14). Les foules, après l’enthousiasme facile des débuts, sont déçues par ce Messie qui refuse de passer à l’action politique. Alors Jésus change de méthode d’enseignement (Mt 13,10-17) et décide de communiquer « beaucoup de choses » en paraboles.

v. 1-2 : « au bord du lac… une foule immense… Jésus monte dans une barque où il s’assit : toute la foule se tenait sur le rivage »

v. 3 : « Il leur dit beaucoup de choses en paraboles… »

            La Parabole est une comparaison, tirée de la nature ou de la vie courante, sous forme d’histoire ou de récit symbolique, pour éveiller l’attention, faire réfléchir, faire comprendre, faire découvrir un sens caché, convaincre un auditoire… Tous les détails concrets n’ont pas la même valeur ; l’important c’est de découvrir la signification globale. C’est un mode de communication familier aux Orientaux, qui était d’usage courant à l’époque de Jésus. Jésus l’a beaucoup utilisée, en lui apportant même une réelle perfection. A travers les humbles réalités de la vie quotidienne, Jésus voyait, à travers elles, des réalités divines. Le tiers des paroles de Jésus, qui ont été conservées, sont des paraboles.

v. 3-8 : « Voici que le semeur est sorti pour semer… Des grains sont tombés au bord du chemin… sur un sol pierreux… dans les ronces… sur la bonne terre… »

LIEU où tombe le grain

Ce qu’il DEVIENT

Le RENDEMENT

v.4 : Au bord du chemin

Il est mangé par les oiseaux

Tout est mangé

Nourriture pour les oiseaux

v.5-6 : Sur un sol pierreux

           sans beaucoup de terre

Il germe… mais il est brûlé par le soleil, faute de racines

Tout se dessèche

après un espoir de vie

v.7 : Dans les ronces

Il pousse, mais les ronces poussent plus vite et l’étouffent

Tout est étouffé

après une croissance normale

v.8 : Sur la bonne terre

Il pousse

et donne du fruit

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            Parabole merveilleusement construite qui a dû capter l’attention des auditeurs…

            C’est la première parabole de Jésus : elle illustre d’une manière générale la réaction de l’homme face à la révélation de Dieu. Bien en pressentir toute la progression.

            Ne pas voir dans cette parabole une escalade de l’échec ou de l’insuccès ! Au contraire essayer de percevoir à travers cette parabole l’extraordinaire leçon d’espérance que Jésus veut nous donner : la dernière étape est un merveilleux succès ! Le semeur n’a pas perdu son temps ni son grain. Sa générosité démesurée, pleine d’espérance, est largement récompensée !

            Tout le monde est appelé, invité… Voilà l’œuvre de Dieu !

            Tout enseignement est comme une graine plantée dans un cœur, ayant le pouvoir de prendre racine, de produire des fruits, et d’être semée dans d’autres cœurs. Mais son épanouissement suppose le dépassement de bien des obstacles et le travail d’une terre qui a besoin d’être labourée et préparée pour devenir réceptive.

v. 9 : « Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »

            Attention ! nous dit Jésus, il y a dans cette parabole bien plus que vous ne pensez ! Prenez le temps de la méditer, de réfléchir, d’approfondir. Ouvrons nos oreilles et nos cœurs ! Soyons attentifs aux Signes du Royaume, au-delà des apparences contraires…

v. 10 : « Les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? »

v. 11 : « Il leur répondit : « A vous il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, mais à eux ce n’est pas donné »

v. 12-15 : « … ils écoutent sans écouter… leur cœur s’est alourdi… ils se sont bouché les yeux… Sinon, je les aurais guéris ! »

            La question posée en aparté par les disciples à Jésus semble indiquer que la parabole n’a pas été comprise du plus grand nombre. Jésus le reconnaîtra lui-même, lorsqu’il dira à ses disciples à la fin de son ministère : « J’ai employé des paraboles pour vous parler de tout cela. L’heure vient où, sans employer de paraboles, je vous annoncerai ouvertement tout ce qui concerne le Père » (Jean 16,25).

            Pourquoi Jésus a-t-il choisi de parler en paraboles ? Trois éléments de réponses :

1° - Pour faire connaître aux disciples les « mystères du Royaume des cieux ». Les paraboles sont en effet un véritable trésor d’enseignements vifs et saisissants « sur beaucoup de choses » (Mt 13,3). Mais ces lumières-là sont réservées uniquement à ceux qui sont prêts à consacrer le temps nécessaire à les étudier et à les mettre en pratique : « celui qui a recevra encore » (v.12), parce qu’il est disponible, réceptif, humble et pauvre. Le terme « mystère » est utilisé dans tout le Nouveau Testament pour décrire un aspect des desseins éternels de Dieu que l’homme ne peut pas découvrir ou connaître par ses propres moyens, mais que Dieu a révélé à ceux qui sont éclairés par son Esprit.

2° - Pour éveiller l’intérêt des personnes venues l’écouter seulement par curiosité. Jésus fut le plus grand des éducateurs, et ses paraboles restent l’exemple des meilleurs moyens d’enseigner. Ces illustrations simples et frappantes devaient travailler l’esprit de beaucoup, les amenant éventuellement à trouver en Jésus la réponse à leurs questions et à leurs aspirations.

3° - Pour faire un « tri ». Parmi ceux qui venaient écouter Jésus, il y avait toujours des gens malintentionnés, cherchant dans ses discours matière à l’accuser. Pour ces gens-là et pour ceux qui refusaient la Parole de Dieu, Jésus parlait en paraboles comme pour voiler la vérité (v.12-15). Il donnait alors un exemple du principe qu’il avait présenté auparavant à ses disciples : « Ce qui est sacré, ne le donnez pas aux chiens ; vos perles, ne les jetez pas aux cochons, pour éviter qu’ils les piétinent, puis se retournent pour vous déchirer » (Mt 7,6).

            A aucun moment, Jésus choisit de parler en énigme aux uns et en clair aux autres. Sa Parole est la même pour tous. La différence vient du cœur de chacun : ceux qui se sentent concernés, entendent clairement le message ; ceux qui se désintéressent par refus ou indifférence, ne peuvent le comprendre (vv.13-14-15). Le mystère du Royaume de Dieu, dans toute sa richesse, n’est pas une vérité qui s’impose. C’est un secret qui ne se dévoile qu’aux cœurs disposés à l’entendre, dans la plus totale et valorisante liberté humaine.

            Ces versets sévères montrent que la Parole de Dieu qui est donnée pour « éclairer », peut devenir « jugement » pour ceux qui ont « endurci leurs oreilles » et dont « le cœur s’est alourdi ». Nous devinons toute la souffrance de Jésus devant ceux qui refusent sa Parole et son salut. Il est venu pour apporter à tous la lumière, pour ouvrir les cœurs, pour guérir toute cécité… Mais il se refuse, par amour et respect pour sa créature, à forcer la porte. Il respecte jusqu’au bout la liberté de chacun.

v. 16 : « Mais vous, heureux vos yeux parce qu’ils voient, et vos oreilles parce qu’elles entendent ! »

v. 17 : « … beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre… »

            En Matthieu les disciples semblent tout à fait disponibles à l’enseignement de Jésus et eux au moins le comprennent. Ce qui n’est pas le cas des disciples en saint Marc (Mc 4,13).

            La prédication de Jésus est comme l’aboutissement de toute la révélation des siècles précédents. Avec Lui la plénitude de cette révélation est maintenant offerte à tous les hommes. A la différence des Béatitudes (Mt 5,3-11), qui promettent un bonheur futur, ces versets 16-17 parlent d’un bonheur actuel (cf. He 1,1-4).

v. 18 : « Vous donc, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur ».

            La richesse de cette première parabole de Jésus vient aussi du fait qu’il en donne lui-même la signification. Cette explication devient alors comme un modèle pour l’interprétation des autres paraboles.

            Jésus va donner une interprétation « allégorique » du semeur. L’allégorie est une comparaison où chaque élément prend une signification bien particulière. (Peu de paraboles de Jésus ont un sens allégorique). Jésus compare ici les hommes à quatre sortes de terrains, qui représentent les conditions d’accueil de la Parole, la semence étant la Parole de Dieu. Une même semence donne des résultats différents selon la réponse personnalisée de chacun.

v. 19-23 : « le bord du chemin… le sol pierreux… les ronces… la bonne terre… »

            « L’homme entend la parole de Dieu sans la comprendre » : la foi ne pénètre pas… L’homme est totalement vulnérable… Le “Mauvais” a toute facilité pour s’emparer de ce qui a été déposé dans son cœur. Cœur indifférent, insensible, dur comme un chemin : aucun enracinement possible ! Ouvert à tous vents ! Stérilité totale. Cet homme est en grand danger.

            « L’homme reçoit avec joie la semence sur un sol pierreux » : c’est un cœur superficiel, heureux de commencer, enthousiaste quand tout va bien, quand tout est facile… mais qui ne se préoccupe pas d’enraciner sa foi. A la moindre difficulté, il abandonne, il se désengage… Il laisse passer sa chance… peut-être même avec regrets… Mais ne fait rien de plus.

            « L’homme reçoit la semence dans les ronces » : il entend la Parole, il la comprend, mais il ne parvient pas à la maturité de sa foi par ce qu’il est prisonnier « des soucis du monde et des séductions de la richesse ». Sa foi est étouffée ! Tout ce qui est sans importance, prend tellement de place, que l’essentiel n’a plus la sienne ! Un encombrement regrettable qui conduit à la stérilité ! La Parole de Dieu ne peut prendre sa place dans une vie que si l’on pratique le désherbage systématique et régulier !

            « L’homme reçoit la semence dans la bonne terre… Il porte du fruit ! » : il entend la Parole, il la comprend, il désherbe régulièrement, il entretient sa terre, et « il porte du fruit » : c’est le souhait que Jésus ne cesse de nous adresser : Mt 3,10 ; 7,17.19 ; 12,23 ; 13,23.26 ; 21,43 ; Jn 15,1-5. C’est l’exemple d’une vie bien remplie, d’une vie féconde. Le cœur est préparé, réceptif à la Parole de Dieu ; il écoute et met en pratique ce que demande le Seigneur (Mt 7,24-25), il surmonte les obstacles qui surviennent. Il sait qu’il n’est pas seul : « Ma grâce te suffit ! ».

            La vie de foi comporte un choix, et pas seulement un enrichissement. Elle exige une option radicale : « Personne ne peut servir deux maîtres ! » (Mt 6,24). Jésus demande à être aimé plus que toutes les autres valeurs (Mt 10,37-39).

            Le Royaume des cieux est semblable à cela !

            A nous d’en être le reflet visible… d’en devenir une vivante parabole !

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Publié dans MATTHIEU

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