Mt 2,1-12 L'adoration des Mages. Les deux Rois (2e partie)
Mt 2,1-12 : L’adoration des Mages. Les deux Rois
Deuxième partie
2,4 : Hérode ne met en doute ni la question des Mages, ni l’existence de l’astre apparu dans le ciel. Il prend la chose très au sérieux. Il convoque son conseil de Sages et commence immédiatement une recherche dans les Écritures en traduisant lui-même spontanément « roi des Juifs » par « Messie ». Il montre ainsi qu’il a compris tout de suite de qui il s’agissait.
2,5 : La réponse est trouvée : c’est à « Bethléem », petit village situé à 10 km de Jérusalem. Les Mages n’étaient pas loin ! Cela montre à quel point le Messie était attendu en Israël. Mais cet arrêt des Mages à Jérusalem prend une grande signification. Il fallait que la naissance de Jésus, le Messie, le fils de David, soit officiellement reconnue et affirmée par les grands-prêtres et les scribes, devant le roi Hérode, comme accomplissement des Promesses puisées dans l’Écriture.
2,6 : C’est en effet, en s’appuyant sur l’Écriture que l’élite de la nation juive confirme (sans le vouloir !) la naissance de Jésus à Bethléem ; il est bien celui qui avait été promis à Israël, celui qui est le véritable chef du peuple de Dieu. C’est le tournant du texte, son sommet. Matthieu cite le texte du prophète Michée (Michée 5,1), écrit 700 ans avant Jésus-Christ, en le modifiant. Il accentue l’importance de Bethléem en ajoutant les mots « tu n’es certainement pas… ». Sa foi lui fait voir l’importance que prend la ville ou naît Jésus. Surtout, Matthieu unit au texte de Michée une citation du livre de Samuel (2 Samuel 5,2) : « Le Seigneur t’a dit : C’est toi qui feras paître Israël mon peuple et c’est toi qui sera le chef d’Israël ». Ainsi Jésus est officiellement confirmé comme le fils de David. Ce sont donc les « grands prêtres et les scribes du peuple » qui définissent parfaitement la Mission du Messie que sera Jésus ! Mais dans les faits, ils ne voudront jamais le reconnaître ! Les grands prêtres et les scribes ont l’information de première main. Ils ont la connaissance de la réalisation des Promesses, là à quelques pas de Jérusalem ! Or, ils ne bougent pas, ils demeurent dans l’indifférence totale… C’est ahurissant ! Ils laissent passer sans broncher l’événement le plus important de l’histoire du monde ! Jésus « est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu » (Jean 1,11). Jésus, le berger d’Israël, est déjà rejeté par Jérusalem…
2,7-8 : Malgré le trouble que l’arrivée des Mages produisit à Jérusalem, seul Hérode, poussé par la crainte et la jalousie, s’en inquiète. Il fait appeler les Mages en toute discrétion, et les interroge sur la date de l’apparition de l’étoile pour évaluer celle de la naissance de l’enfant. Puis il leur donne l’information du lieu de la naissance trouvée dans l’Écriture, avec des recommandations d’une hypocrisie à peine voilée. La suite le confirmera… (cf. v.16).
2,9 : Les Mages se laissent conduire, par l’étoile, puis par les Écritures et plus tard par un songe. Le chemin que les responsables Juifs, bien qu’éclairés par la Parole de Dieu, n’ont pas su faire, ces Mages païens, par leur disponibilité, l’ont fait d’une façon exemplaire. C’est sans doute le premier grand témoignage missionnaire de l’évangile. L’étoile s’arrête à l’endroit où se trouvait « l’enfant ». Le nom de Jésus dans ce texte n’apparaît qu’au verset 1. Il est ensuite question du « roi des Juifs », puis du « Messie », puis du « chef ou berger d’Israël », puis de « l’enfant »… Mais c’est bien Jésus qui reste au centre de tout ce texte.
2,10-11 : Autant l’inquiétude régnait sur Jérusalem, autant la joie déborde à Bethléem lorsque les Mages entrent dans la « maison ». Il n’est plus question de crèche ou d’étable comme le décrit saint Luc, au moment de la naissance de Jésus. Il est question de « maison ». Il n’est pas question non plus de « nouveau-né » mais « d’enfant ». La rencontre des Mages semble donc se situer quelques mois après la naissance de Jésus : le voyage a été long. Marie et Joseph ont eu le temps de trouver une maison plus confortable, plus digne aussi pour le « l’enfant roi des Juifs » devant qui des voyageurs venus de loin viennent se prosterner. C’est en effet à l’enfant qu’ils s’adressent et c’est à lui qu’ils offrent leurs présents : de « l’or » qui évoque les perfections divines en lui ; de « l’encens » pour manifester que toute sa vie sera un parfum de bonne odeur devant Dieu ; et de la « myrrhe », image des souffrances qu’il va connaître. Marie est juste mentionnée comme la mère de l’enfant.
La symbolique des Rois mages et de leurs cadeaux :
Ils viennent de loin – ils se prosternent – ils adorent – ils se dépouillent – ils s’en retournent par un autre chemin…
| Melchior | Un vieillard à cheveux blancs, avec une longue barbe. | Il est de race blanche
Roi des Perses ? Europe ? | Il offre à Jésus de l’or comme à un roi Ce cadeau annonce et honore la royauté du Christ |
| Gaspard | Il est jeune et sans barbe avec les traits asiatiques | Il est de couleur rouge
Roi en Inde ? Asie ? | Il offre à Jésus de l’encens comme à un Dieu (L’encens est une gomme résine aromatique tirée de térébinthes ; elle brûle sur les autels de toutes les religions. Le faire fumer exprime la prière du cœur s’élevant vers Dieu (Ps 141,2). Ici l’encens révèle et rend hommage à la nature divine de l’Enfant-Jésus |
| Balthazar | Il porte toute sa barbe | Il est de race noire
Roi des Arabes ? Afrique ? | Il offre à Jésus de la myrrhe comme à un homme (La myrrhe est une résine aromatique. Durcie et pilée, elle est parfum des vivants. Mélangée à l’huile et au baume, elle est réconfort des souffrants et onction des prêtres (Ex 30,23) ; mêlée aux aromates elle est destinée à la sépulture des morts.) Ici la myrrhe honore la nature humaine de Jésus et annonce sa Passion. |
2,12 : Dieu fait aux Mages un dernier « signe ». Dans un « songe », il leur demande de ne pas repasser voir Hérode. Jérusalem n’est plus le centre du monde. Ils retournèrent chez eux « par un autre chemin ». La rencontre de Jésus transforme une vie et débouche sur un autre chemin. Cela reste vrai pour chacun de nous aujourd’hui encore !
En conclusion : dans l’épisode des Mages, Matthieu ne veut pas seulement montrer en Jésus le « messie royal » issu de David (v.2) ; il présente aussi des « païens » venant rendre hommage à Jésus. La venue des Mages de l’Orient est chez Matthieu l’annonce prophétique de ce qui se passera durant la vie de Jésus et dans la primitive Église : les Juifs seront indifférents ou hostiles à Jésus, alors que les « païens » accueilleront l’évangile en grand nombre.