Mt 2,1-12 L'adoration des Mages. Les deux Rois (1ère partie)

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mt 2,1-12 : L’adoration des Mages. Les deux Rois

 

Première partie

 

            Cet épisode de l’enfance de Jésus est propre à Matthieu. Il est le seul évangéliste à en parler. Il relate des événements qui ont eu lieu quelques mois après la naissance de Jésus. Récit centré sur le Christ et porteur d’un message théologique très important. Il veut répondre à plusieurs questions : Où Jésus est-il né ? D’où vient-il ? Pour qui vient-il ? Les réponses viendront au cours de ce chapitre.

            Depuis très longtemps, la visite des Mages a suscité toute une imagerie et une littérature qui ont marqué notre enfance… : l’étoile mystérieuse, les personnages orientaux, un roi jaloux et cruel, la protection divine qui brouille les pistes… N’en restons pas à cet aspect de conte merveilleux. Essayons d’entrer dans la révélation qui nous est donnée à travers ce récit.

            2,1a : la naissance de Jésus est historiquement bien attestée et datée. Pourtant Matthieu ne dit que l’essentiel (il est plus attentif à donner la signification de cette naissance qu’à la décrire) : Jésus est né à Bethléem, la cité de David. L’indication fournie par Matthieu permet de la situer environ deux ans avant la mort d’Hérode le Grand survenue dans l’année 4 avant Jésus-Christ (soit l’an 750 de la fondation de Rome). Si l’on est amené à dire que Jésus est né vers l’an 6 avant Jésus-Christ, c’est à cause d’un moine du VIe s., Denys le Petit, qui s’est trompé dans ses calculs ; en préparant le remplacement du calendrier romain, il a fixé le début de l’ère chrétienne en 754 de la fondation de Rome au lieu de retenir l’an 748, correspondant à la naissance de Jésus.

            2,1b : « des Mages venus d’Orient »… Matthieu donne la signification de la naissance de Jésus en développant le récit des Mages. Il n’est dit nulle part dans l’Évangile que ces Mages étaient des « Rois » ni qu’ils étaient « trois », mais simplement qu’ils venaient du Levant et qu’ils ont fait halte à Jérusalem, ville où régnait Hérode. Les Mages sont des païens, riches et savants, probablement des astrologues. Ils ne font pas partie du peuple élu. Ils représentent tous les peuples de la terre venant adorer Jésus. Ils sont la manifestation du caractère universel du salut apporté par Jésus, venu sauver tous les hommes qui acceptent son salut. - C’est Tertullien (155-220) le premier qui leur a donné le titre de « Rois » simplement pour démontrer leur participation à l’accomplissement des Écritures : « Tous les rois se prosterneront devant lui, tous les païens le serviront » (Ps 72(71),11). Origène, un peu plus tard (185-254) fixe à « trois » le nombre des rois, chacun portant l’un des trois cadeaux. Ensuite les artistes, les peintres, les prédicateurs, ont progressivement dessiné cette image des « trois Rois Mages », richement vêtus, apportant les trois cadeaux à l’enfant Jésus de Bethleem. C’est surtout à la fin du XIIIe s. que Jacques de Voragine, futur évêque de Gênes, rassembla toutes les traditions éparses concernant les Rois Mages dans un livre qu’il intitule « La légende dorée ». Les Rois Mages ont maintenant un âge, un nom et une nationalité. Il fallait affirmer très fortement l’universalité du salut offert à tous sans exception. (Voir le tableau récapitulatif un peu plus loin).

            2,2a : Le titre de « Roi des Juifs » sera l’objet du procès contre Jésus qui se déroulera devant Pilate (Mt 27,11.27.32.49). Ce titre sera affiché sur la Croix (27,11), mais il provoque déjà dès maintenant la persécution des autorités de Jérusalem. Le titre de « roi » donné à Hérode au v.3 montre que, pour Matthieu, le problème est de savoir qui est vraiment roi des Juifs. La question ne sera tranchée que par la Résurrection du Seigneur.

            2,2b : « Nous avons vu son étoile apparaître à l’Est, et nous sommes venus… » : cette « étoile » va apparaitre  3 fois dans le texte (v.2,7,9). On ne peut oublier la prophétie de Balaam concernant le « Messie » en Nb 24,17 : « Je le vois – mais ce n’est pas maintenant… un astre sort de Jacob, un sceptre s’élève d’Israël… ». Isaïe avait annoncé aussi l’arrivée de la « lumière » : « Debout Jérusalem ! Elle est venue ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Regarde : l’obscurité recouvre la terre, mais sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire brille sur toi. Les nations (païennes) marcheront vers ta lumière, et les rois vers la clarté de ton aurore… » (Isaïe 60,1.6). Ou cet autre texte repris dans la liturgie de Noël : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière, car un enfant nous est né » (Isaïe 9,1.5). Cette étoile représente la lumière de Dieu qui nous guide vers le Christ. L’étoile vue par les Mages est un « signe » miraculeux mis sur leur route pour les guider vers Bethléem ; il est inutile d’en chercher une explication scientifique qui risque de ne satisfaire ni la science ni la foi. Matthieu veut nous dire très simplement que des païens qui n’ont pour se guider que des signes extérieurs, se mettent en route, cherchent dans la joie et reconnaissent en l’Enfant Jésus, le « roi des Juifs » ; tandis que sur place, les Juifs, - comme nous allons le voir plus loin -  qui ont la Parole prophétique comme guide assuré, non seulement ne reconnaissent pas leur Messie (v.3) mais ils le rejettent et cherchent à le faire mourir (vv. 13.16). Ce récit contient déjà tout le drame de la Passion. De plus, Matthieu ne peut oublier qu’il fait tous les jours l’expérience d’une Église, formée en majorité de païens, activement persécutée par les Juifs.

            2,2c : « et nous sommes venus nous prosterner devant lui ». Par trois fois dans cette page nous allons rencontrer le verbe « se prosterner ». C’est dire les sentiments de profond respect qui habitent le cœur de ces Mages païens, même devant un « enfant qui vient de naître ». Ils viennent pour « adorer ». C’est aussi une attitude chère à Matthieu pour souligner la majesté divine de Jésus ; il utilisera 13 fois dans son évangile le verbe « se prosterner ».

            2,3 : Inquiétude du roi Hérode et de tout Jérusalem avec lui. Hérode le Grand est un usurpateur du trône, car il n’était pas Juif mais Iduméen (ou Édomite, descendant d’Ésaü, frère de Jacob, habitant le pays d’Edom).  Il vécut dans la hantise de perdre son pouvoir, à l'abri des forteresses, voyant des complots partout. Cette peur en a fait un roi cruel et violent, familier des meurtres et des assassinats (Hérode a fait périr sa belle-mère, trois de ses enfants et jusqu'à sa propre femme) et des bannissements en Egypte pour les familles suspectes. Ici, son titre royal est affirmé aux vv.2 et 3 ; d’où le trouble, l’inquiétude, qui s’empare de lui et même de la ville tout entière devant la question : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?

 

( à suivre…)

 

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Publié dans MATTHIEU

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