Mt 4,12-17 JÉSUS COMMENCE SON MINISTÈRE
Mt 4,12-17 : JÉSUS COMMENCE SON MINISTÈRE
4,12-13 : « Quand Jésus apprit que Jean avait été arrêté… ». L’arrestation de Jean le Baptiste par le pouvoir politique met fin à sa prédication. Matthieu y voit la fin de la longue période de « la Loi et des Prophètes » (Mt 11,11-14). Jésus décide de prendre la suite en sachant parfaitement qu’au bout du chemin il y aura la Croix : « Voici que nous montons à Jérusalem où le Fils de l’Homme sera livré… » (Mt 20,18). Sa démarche manifeste un grand courage, motivée par sa mission de salut universel.
« … il se retira… ». Souvent chez Matthieu, Jésus “se retire” quand on lui annonce certaines nouvelles ou avant de prendre une grande décision : Mt 2,14.22 ; 12,15 ; 14,13 ; 15,21 ; 16,4. “Se retirer”, faire retraite, souligne que Jésus a connu par expérience ce que c’est qu’être pourchassé par la haine de ses adversaires (Mt 12,15 ; 14,13 ; 15,21). C’était déjà par les mêmes formules que Matthieu avait montré Joseph fuyant la Judée dangereuse à cause d’Archélaüs et “se retirant” en Galilée…
« … en Galilée ». Face à l’hostilité d’Hérode Antipas, qui avait arrêté Jean le Baptiste, Jésus décide de quitter la Judée, où il avait commencé à enseigner (cf. Jn 2,13 ; 3,2.22…) pour rejoindre la Galilée de sa jeunesse. Il quitte le petit village de Nazareth où les habitants avaient du mal à reconnaître en lui, enfant du village, un vrai Prophète (Luc 4,16-30), pour faire de Capharnaüm, grande ville païenne au bord du Lac, le long de la principale route marchande maritime de l’époque, ville de Simon-Pierre et ville frontière aux confins des États d’Hérode et de Philippe, le point central de son évangélisation. Ce lieu de passage obligatoire et de brassage des populations donne au choix de Jésus sa vraie signification. Capharnaüm sera même appelée « sa ville » (Mt 9,1). Ce sont ces indications géographiques qui vont permettre à Matthieu d’introduire les citations des versets suivants.
4,14-16 : « Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par le Prophète Isaïe… ». Matthieu, en citant Isaïe (8,23 à 9,6) complété par d’autres passages bibliques, selon son habitude, confirme que Jésus se soumet à la volonté de son Père : il fait ce que le Seigneur avait prédit. Ainsi Jésus assure la continuité de l’histoire de son peuple.
« Galilée, toi le carrefour des païens… ». La Galilée de par sa situation, était une province où se mélangeaient de nombreuses races, un lieu de passage de nombreuses caravanes. De façon délibérée Jésus le Galiléen, a choisi d’aller au-devant des hommes les plus éloignés de Dieu. Il se manifeste comme le sauveur universel. C’est à la terre entière, qu’il faut porter l’évangile. C’est de là, après sa résurrection, que partira la mission chrétienne confiée à ses Apôtres en direction du monde entier (Mt 28,16-20).
4,17 : « A partir de ce moment, Jésus se mit à proclamer… ». Première parole publique de Jésus. Elle inaugure la première partie de sa prédication. Une même formule inaugurera la marche vers sa Passion : Mt 16,21.
« Convertissez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche” ». Jésus reprend, sans en changer un mot, la prédication de Jean le Baptiste (cf. Mt 3,1-2). Après la Pentecôte, Pierre répétera à son tour le même message (Ac 2,38).
« Le Royaume des cieux… ». Cette expression revient 50 fois chez Matthieu. C’est le cœur de la prédication de Jésus. C’est l’objet de la foi et de l’espérance des Juifs. Dieu règne dans le ciel : « Le Seigneur est le grand roi sur toute la terre… Dieu est assis sur son trône sacré… » (Ps 47). « Le Seigneur est roi.. » (Ps 93 ; 97 ; 99 ; ). « Tu es, Seigneur, le Très-Haut sur toute la terre ; tu domines de haut tous les dieux » (Ps 97). « Acclamez votre Roi, le Seigneur » (Ps 98). « Siège à ma droite, et je ferai de tes ennemis le marchepied de ton trône » (Ps 110). « Je t’exalterai, mon Dieu, mon Roi, je bénirai ton nom toujours et à jamais » (Ps 145). « Chantez au Seigneur un chant nouveau… allégresse pour son Roi ! » (Ps 149). Mais chez les hommes, le Règne de Dieu est compromis par le péché. Dieu doit donc faire venir son Règne, l’établir progressivement. Voilà que, en Jésus-Christ, le Règne de Dieu s’est fait plus proche ; déjà, par les miracles, le mal recule et la souffrance fait place à la vie. C’est un début réel qui fonde l’espérance en une réalisation parfaite qui sera évoquée par des images traditionnelles, par exemple : celle d’un arbre (Mt 13,32), d’un repas (Mt 8,11) ou d’une noce (Mt 22,2). Voir aussi toutes les autres paraboles du Royaume (Mt 13).