Mt 5,10 HEUREUX CEUX QUI SONT PERSÉCUTÉS...
Mt 5,10 : HEUREUX CEUX QUI SONT PERSÉCUTÉS POUR…
5,10 : « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le Royaume des cieux est à eux » !
Heureux non pas ceux qui, dans les remous de l’humanité, vivent à l’abri de leur tour d’ivoire, ceux qui dans les affrontements de l’humanité tirent leur épingle du jeu…
Mais HEUREUX ceux qui vont jusqu’au bout, quoi qu’il leur en coûte, lorsqu’il s’agit d’obéir à leur conscience et de suivre Jésus-Christ ; ceux qui, dans le combat pour la dignité de l’homme – de tout l’homme et de tout homme – acceptent d’être incompris des leurs, et d’être trahis par ceux-là mêmes pour lesquels ils se compromettent ; ceux qui acceptent d’être critiqués, bafoués, emprisonnés, soumis à la torture, exposés à la mort, plutôt que de renoncer à leur combat pour la justice, la vérité, la liberté.
Méditons l’exemple extraordinaire de Saint PAUL qui pouvait s’écrier : « Je déborde de joie au milieu de toutes nos détresses » (2 Co 7,4). Et pourtant son chemin a été pavé de difficultés : « A tous moments nous subissons l’épreuve, mais nous ne sommes pas écrasés ; nous sommes désorientés, mais non pas désemparés ; nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés ; terrassés, mais non pas anéantis. Partout et toujours nous subissons dans notre corps la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus, elle aussi, soit manifestée dans notre corps. En effet, nous, les vivants, nous sommes continuellement livrés à la mort à cause de Jésus, afin que la vie de Jésus, elle aussi soit manifestée dans notre existence mortelle. Ainsi la mort fait son œuvre en nous, et la vie en nous. » (2 Co 4,8-12). « J’accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. Car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort… “Ma grâce te suffit !” » (2 Co 12,9-10).
Et Saint PAUL énumère la liste de ses tribulations et de ses combats avec foi et fierté : « Nous, les Apôtres… nous passons pour des fous à cause du Christ… nous sommes faibles… nous sommes dans le mépris… Nous avons faim, nous avons soif, nous n’avons pas de vêtements, nous sommes maltraités, nous n’avons pas de domicile, nous peinons dur à travailler de nos mains… Les gens nous insultent, nous les bénissons. Ils nous persécutent, nous supportons. Ils nous calomnient, nous avons des paroles d’apaisement. Jusqu’à maintenant, nous sommes pour ainsi dire les balayures du monde, le rebut de l’humanité. » (1 Co 4,9-13). « J’ai été formé à me contenter de ce que j’ai… Je sais être rassasié et avoir faim… Je peux tout supporter avec celui qui me donne la force » (Phi 4,11-13). « Béni soit Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus Christ, le Père plein de tendresse, le Dieu de qui vient tout réconfort. Dans toutes nos détresses il nous réconforte… De même que nous avons largement part aux souffrances du Christ, de même, par le Christ, nous sommes largement réconfortés » (2 Co 1,3-5).
Face aux “faux apôtres”, saint Paul rappelle ses titres de gloire : « … La fatigue, je l’ai connue plus qu’eux ; la prison, plus qu’eux ; les coups, bien davantage ; le danger de mort, très souvent. Cinq fois j’ai reçu des Juifs les trente-neuf coups de fouet ; trois fois j’ai subi la bastonnade ; une fois j’ai été lapidé ; trois fois j’ai fait naufrage et je suis resté vingt-quatre heures perdu en mer. Souvent à pied sur les routes, avec les dangers des fleuves, les dangers des bandits, les dangers venant des Juifs, les dangers venant des païens, les dangers venant de la ville, les dangers du désert, les dangers de la mer, les dangers des faux-frères. J’ai connu la fatigue et la peine, souvent les nuits sans sommeil, la faim et la soif, les journées sans manger, le froid et le manque de vêtement, sans compter tout le reste : ma préoccupation quotidienne, le souci de toutes les Églises. Si quelqu’un faiblit, je partage sa faiblesse ; si quelqu’un vient à tomber, cela me brûle… Dieu, le Père du Seigneur Jésus, sait que je ne mens pas, lui qui est béni pour les siècles… » (2 Co12,23-31). Extraordinaire ce témoignage de Paul, le converti du chemin de Damas ! Pouvait-il en faire davantage ? Lui qui, prisonnier pour le Christ Jésus, disait à la fin de sa vie : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur : laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie. Que votre sérénité soit connue de tous les hommes » (Phi 4,4-5).
« Heureux… CAR LE ROYAUME DES CIEUX EST À EUX ! »
Cette promesse conclut la série des 8 Béatitudes ; elle fait inclusion avec la 1ère Béatitude.
Comme l’a fait remarquer St Augustin, cette 8e Béatitude est comme le résumé des 7 précédentes : le mot « justice » résume les énoncés précédents, à la fois des dispositions intérieures des 4 premières Béatitudes (pauvreté, douceur, affliction, faim de justice), et le comportement empreint de charité, de pardon, de loyauté et de souci de bonne entente des 3 dernières.
Cette attitude suscite l’opposition, la persécution, car elle manifeste un Royaume inacceptable pour les tenants de la violence, de l’égoïsme et de la domination. Heureuses les victimes d’une telle opposition qui prouvent leur engagement dans le Royaume à la suite du Christ qui a dit : « S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi » (Jn 15,20). Et saint Paul, avec toute son expérience, de confirmer : « Tous ceux qui veulent vivre en hommes religieux dans le Christ Jésus subiront la persécution » (2 Tm 3,12).
La persécution est la condition d’existence des Prophètes, de ceux qui par leur vie et leur parole, disent Dieu. A ce propos, le Père Varillon cite le philosophe juif Emmanuel Levinas : « L’idée d’une vérité qui se manifeste dans son humilité, l’idée d’une vérité persécutée est l’unique modalité possible de la transcendance (ce qui veut dire qu’un Jésus qui n’aurait pas été persécuté ne serait pas le témoin du Dieu transcendant, ce qui n’est pas possible)… Se manifester comme humble, comme allié au vaincu, au pauvre, au pourchassé, c’est précisément ne pas rentrer dans l’ordre… L’humilié dérange absolument : il n’est pas du monde… La persécution et l’humiliation à laquelle elle expose sont des modalités du vrai » (François Varillon, Joie de croire, joie de vivre, p. 63).
« Heureux les “persécutés” » : l’emploi du participe parfait indique que la persécution a déjà commencé ; alors que dans la 9e et dernière Béatitude : « Heureux serez-vous lorsqu’on vous insultera, ou que l’on vous persécutera… » : la persécution est envisagée au futur. Ce qui fait dire à plusieurs exégètes que la formulation de la 9e Béatitude serait plus ancienne.
Remarquons pour finir l’équivalence entre les motifs de la persécution : à cause de la justice = à cause de moi = à cause du Fils de l’Homme (Luc). Pour les chrétiens, la « justice » n’est pas une idée, mais Quelqu’un. Le programme de justice pour un chrétien ne peut pas être dissocié de la personne du Christ. Souffrir pour la justice, c’est souffrir pour le Christ, comme l’avait si bien compris saint Paul. On ne donne pas sa vie pour une idée, mais pour quelqu’un qu’on aime ! « Pour moi, vivre, c’est le Christ, et mourir est un avantage » (Philippiens 1,21).
Tout cela va être explicité dans la 9e Béatitude…
PRIÈRE de l’ACAT (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture)
Seigneur,
nous te prions pour tous les persécutés,
pour tous les mal traités,
pour ceux qui vivent dans la terreur,
craignant d’être arrêtés,
pour ceux qui, dans l’angoisse, craignent le pire
pour eux-mêmes et pour leurs bien-aimés.
Fais leur sentir ta présence !
Seigneur,
nous te prions pour tous ceux qu’on torture,
ceux qu’on fait souffrir,
par la cruauté, le chantage ou la brutalité.
Fais leur sentir la douceur de ta présence !
Seigneur,
nous te prions pour les chefs qui ordonnent ces tortures
ou qui les laissent faire par calcul ou par lâcheté.
Fais-leur sentir à tous la brûlure de ton amour !