Mt 5,13-16 LE SEL ET LA LUMIÈRE
Mt 5,13-16 : LE SEL ET LA LUMIÈRE
Il ne faut pas que les chrétiens se laissent abattre par les persécutions, car c’est eux qui sont le « sel » et la « lumière » de l’humanité. Tout chrétien doit avoir un impact dans son milieu, il doit porter en lui-même des qualités, des goûts, des habitudes qui le différencient du monde qui l’entoure et qui procurent la gloire de Dieu.
v. 13 : C’est en effet au pauvre des Béatitudes, au doux, à l’humble, à l’artisan de paix, au persécuté… que Jésus dit : « Vous êtes le sel de la terre ».
Au temps de Jésus, le sel aux multiples usages, avait une valeur considérable. Il servait bien sûr à donner du goût aux aliments : sans le sel, tout est fade ! Mélangé à de la fumure, il était utilisé pour fertiliser les terres cultivées. Et en l’absence de nos réfrigérateurs, le sel permettait la conservation des aliments, évitant ou retardant pourriture, décomposition ou corruption.
Le disciple de Jésus doit produire, dans son entourage, le même effet que le sel : donner un goût spirituel aux moindres choses du quotidien, et empêcher par sa présence que s’installe la corruption. C’est un énorme programme ! Être la force savoureuse d’une humanité qui risque constamment de s’affadir dans la banalité et la grisaille quotidienne… Donner de la saveur à la vie pour que la bonté, l’amour, le geste fraternel l’emportent sur l’amertume, la mesquinerie, le chacun pour soi.
Avec Jésus, tout peut prendre du sens, du « goût », même la souffrance, même la persécution, même la vieillesse et même la mort… C’est aux disciples de Jésus, aux hommes et femmes des Béatitudes, d’en être les témoins avec élan et audace, au cœur des réalités ordinaires. En vivant au jour le jour la volonté de Dieu, ils conservent l’humanité et la rende savoureuse pour Dieu. « Toute âme qui s’élève, élève le monde » disait Elisabeth Leseur.
« Si le sel se dénature… » C’est presque de l’ordre de l’impossible ! Si Jésus utilise cette image, c’est pour illustrer de manière plus frappante, le caractère anormal du chrétien qui ne produit aucun effet autour de lui. Jésus demande à ses disciples d’être « authentiques », de ne pas s’affadir. Un chrétien qui a perdu son « goût de Dieu », sa seule saveur véritable, n’est plus bon à rien. « L’Évangile, c’est du sel. Certains chrétiens en ont fait du sucre » disait Paul Claudel. Jésus nous met en garde : après un temps de générosité et de virulence, notre foi peut se dénaturer, c’est-à-dire perdre son sens. St Paul assimile aussi le « sel » à la « sagesse » : « Conduisez-vous avec sagesse… que votre langage soit toujours assaisonné de sel » (Colossiens 4,5-6).
v. 14 : « Vous êtes la lumière du monde ». Vous êtes le « soleil » du monde ! Cette seconde parabole dans la bouche de Jésus est propre à Matthieu qui s’appuie sur le livre d’Isaïe lorsqu’il parle du Serviteur : « Je t’ai destiné à être l’alliance du peuple, à être la lumière des nations » (Isaïe 42,6) et « Je t’ai destiné à être la lumière des nations, afin que mon salut soit présent jusqu’à l’extrémité de la terre. » (Isaïe 49,6). Isaïe (60,1-3) parle également de Jérusalem qui doit devenir la lumière des Nations : « Lève-toi, brille : ta lumière arrive, la gloire du Seigneur se lève sur toi. Certes, les ténèbres couvrent la terre et une obscurité épaisse recouvre les peuples ; mais sur toi le Seigneur se lève, sur toi sa gloire apparaît. Des nations marcheront à ta lumière et des rois à la clarté de ton aurore ».
Comme on le voit, la notion de « Dieu est lumière » est donc déjà bien présente dans l’A.T. On la retrouve encore, par exemple, dans le Psaume 18,29 : « Tu es la lumière de ma lampe, Seigneur mon Dieu, tu éclaires ma nuit ». Ou dans Michée 7,8 : « Le Seigneur est ma lumière ». « Le Seigneur est ma lumière et mon salut » (Ps 27,1). Jésus sera encore plus explicite lorsqu’il dira : « Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie » (Jean 8,12 ; cf. 9,5). C’est maintenant aux disciples d’en être le reflet : « Vous êtes la lumière du monde », jusqu’aux extrémités de la terre, en accomplissement des promesses de l’A.T. « En effet, vous êtes tous des fils de la lumière, des fils du jour ; nous n’appartenons pas à la nuit ni aux ténèbres » (1 Th 5,5). « Autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes devenus lumière ; vivez comme des fils de la lumière ; or la lumière produit tout ce qui est bonté, justice et vérité ; et sachez reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur » (Ep 5,8). « Ainsi vous serez irréprochables et purs, vous qui êtes des enfants de Dieu sans tache au milieu d’une génération égarée et pervertie où vous brillez comme les astres dans l’univers » (Philippiens 2,15). Le « sel » lutte contre la corruption, la « lumière » lutte contre les ténèbres.
Le « soleil » est l’une des plus belles images de Dieu : il est source de vie, il met en valeur ce qui existe et qu’on ne peut pas voir autrement ; il éclaire, il révèle, il guide, il réjouit le cœur, il fait vivre.… Être le « soleil » du monde : c’est une grande responsabilité ! Le chrétien est une lumière, mais une lumière indirecte qui reflète, comme la lune, sa vraie source qui est Dieu : « Dieu est lumière » (1 Jn 1,5), qui est Jésus Christ : « Je suis la lumière du monde » (Jn 8,12). Le chrétien qui ne brille pas « comme un flambeau dans le monde, portant la parole de vie » (Phil 2,15), a comme perdu sa raison d’être. Le chrétien n’est pas « lumière » par lui-même, mais il doit laisser transparaître et rayonner à travers lui sa foi en Jésus. Beaucoup autour de lui ont besoin qu’il soit là pour exister à leur tour…
v. 14 : « Une ville située sur une montagne ne peut être cachée ». Jésus a l’expérience de ces villes de Galilée situées sur des collines (tell), au bord du lac ou dans la plaine. Ainsi le Chrétien doit-il exister et rayonner pour les autres. « La lumière est encore avec vous, mais pour peu de temps ; marchez tant que vous avez la lumière, avant d’être arrêtés par les ténèbres ; celui qui marche dans les ténèbres ne sait pas où il va. Pendant que vous avez la lumière, croyez en la lumière : vous serez alors des hommes de lumière. » (Jean 12,35-36).
v. 15 : « Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. » Puissance de la lumière ! On ne peut résister à son rayonnement. Il serait absurde d’allumer une lampe, pour la cacher de tout le monde sans nécessité. Le disciple de Jésus, l’homme des Béatitudes, est appelé à être ainsi devant tous un témoin rayonnant.
v. 16 : « De même que votre lumière brille devant les hommes : alors, en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. » « Votre » lumière… « votre » Père… renvoie le chrétien à sa vie quotidienne… Ce que le monde attend de lui, ce sont des « actes : “ce que vous faites de bien” » : la lumière dont parle Jésus, c’est une vie, c’est le vécu, qui donne un sens au moindre geste : rendre gloire à Dieu. Pour la première fois, en Matthieu, nous entendons parler de « votre Père qui est aux cieux ». St Jean nous en dira beaucoup plus sur la relation inséparable entre Jésus et le Père.
La mission du chrétien d’être « sel » de la terre et « lumière » du monde, est passionnante ; c’est une immense responsabilité. Le chrétien peut en être “fier”, mais il doit rester “humble” devant la tâche à accomplir au regard de sa propre faiblesse. Ce n’est pas lui qui en est glorifié, c’est Dieu, dont il n’est que le reflet, l’envoyé. C’est précisément en voyant ce qu’il fait de bien, lui qui est si faible, que le monde pourra « rendre gloire au Père qui est aux cieux ».