Mt 5,8 HEUREUX LES COEURS PURS...
Mt 5,8 : HEUREUX LES CŒURS PURS…
5,8 : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » ! Heureux non pas ceux qui se complaisent dans les combines et les eaux troubles, ceux qui trichent, ceux qui mentent, ceux qui construisent leur vie sur l’ambition et l’hypocrisie. Mais heureux ceux dont le cœur est une source claire ; ceux dont la vie atteste le langage ; ceux qui ont la passion de la vérité quoi qu’il en coûte ; ceux dont le “oui” est “oui” ; ceux qui ne se payent pas de mots ; ceux qui ne se contentent pas de belles promesses et de beaux sentiments ; ceux qui sont transparents à Dieu et transparents aux hommes ; ceux dont la conscience est droite et qui refusent la fraude avec eux-mêmes ; ceux qui n’ont qu’une parole et qui s’y tiennent ; ceux pour qui Dieu est premier.
Il ne s’agit pas seulement de la maîtrise des sens, de la pureté corporelle. C’est du « cœur » qu’il est ici question, c’est-à-dire, du « dedans », là où intelligence, volonté et grâce divine cohabitent quand le cœur est pur, transparent, translucide. Le cœur pur est limpide à la racine de son être, c’est-à-dire, franc, sincère, loyal, simple, clair, droit. Simplicité dit à la fois rectitude et transparence. Sans diplomatie, sans complication, sans complicité, sans duplicité… Vrais. Pas repliés sur soi, mais « dépliés ».
Le cœur pur est celui qui est sans mélange, qui s’est laissé unifier par la Parole.
« Qui peut gravir la montagne du Seigneur et se tenir dans le lieu saint ?
- L’homme au cœur pur, aux mains innocentes,
et qui ne livre pas son âme au mensonge. » Psaume 24,3-4.
« Approchons-nous donc d’un cœur sincère, avec une pleine foi,
le cœur purifié d’une mauvaise conscience et le corps lavé d’une eau pure. » Héb 10,22.
« Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu ! » Psaume 51,12.
« C’est par la foi que Dieu a purifié leur cœur. » Actes 15,9.
« Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ». La pureté passe aussi par le regard. L’amour vrai permet, de voir la gloire de Dieu sur le visage et le corps d’autrui. Cette pureté du cœur est le chemin de l’union à Dieu. C’est la seule béatitude dont la promesse concerne l’œil de l’homme : l’œil pur verra Dieu… Cela veut dire que si tout le monde est appelé à voir Dieu, tout le monde ne peut pas le voir, parce qu’il y a des yeux devenus malades à cause de ce qu’ils regardent, devenus opaques, des yeux qui refusent de s’ouvrir, des yeux qui se sont détournés de Dieu. Or, créés par Dieu, nous ne pouvons nous épanouir qu’en le contemplant. « Dieu a mis sa lumière dans nos cœurs pour nous montrer la grandeur de ses œuvres » (Siracide 17,8) ; autrement dit, son œil habite notre cœur ! Nous ne parviendrons jamais à effacer les traces de Dieu en nous. Mais Jésus est là pour guérir toutes nos infirmités. Il nous faut le regarder longuement, avec amour, pour qu’il puisse purifier notre regard et guérir nos yeux. C’est par la contemplation du Christ pascal, plus encore que par nos efforts ascétiques, que nous serons transformés et que son regard deviendra le nôtre.
Le cœur pur affine tous les sens : la vue, l’ouïe, le sens du toucher. On voit les choses et les hommes avec plus de netteté ; on entend mieux, on ressent avec plus d’intensité. Et cela procure une joie toute particulière.
« Ils verront Dieu »… et ils le voient déjà ! …tous ces pauvres de l’avoir et de l’être, vidés de tout et d’eux-mêmes, désencombrés, dépoussiérés, libérés de toute scorie et de tout alliage ; ils ne voient plus, dans les apparences des êtres et des choses, que l’absolu, l’essentiel. Ils sont ouverts à la lumière… Ils voient déjà l’invisible : vision partielle, certes, car nous sommes encore dans le cheminement de la foi : « Ici-bas nous voyons Dieu, mais comme dans un miroir, d’une manière confuse… en attendant de le voir face à face » (1 Co 13,12). Au ciel seulement « nous verrons Dieu tel qu’il est » (1 Jn 3,2).
Ils voient Dieu déjà !... dans ses œuvres qui racontent sa Gloire : « Les cieux proclament la gloire de Dieu, le firmament raconte l’ouvrage de ses mains » (Psaume 19,2) ;
dans toute sa création qui ne cesse d’émerveiller ;
dans le souffle de l’Esprit toujours à l’œuvre dans le monde, malgré sa folie et sa férocité ;
dans l’Église, debout contre vents et marées depuis vingt siècles ;
dans ses pasteurs et dans ses membres donnés au service de leurs frères ;
dans la limpide fraîcheur des regards d’enfants ;
dans ces missionnaires qui brûlent d’une flamme intérieure que rien ne parvient à contenir ;
dans l’héroïsme et l’inexplicable joie des martyrs « qui achèvent en leur propre chair, pour son Corps qui est l’Église, ce qui manque à la passion du Christ ». (Colossiens 1,24).
Ils voient Dieu en tous ceux qui sont englués, embourbés, rivés à leurs misères morales ou à leurs tristes passions, dont ils ne savent ni ne peuvent se dégager ni se libérer… Ils voient le Christ à aider, à relever, à aimer : le Christ venu « non pour les justes mais pour les pécheurs » (Luc 5,32).
Ils voient Dieu tout au long de leurs routes et à tous les détours de leurs chemins, dans toutes leurs rencontres, même dans l’importun (cf. Luc 11,7) ; mais aussi dans leur propre vie et dans le déroulement de leur histoire personnelle, dans leurs joies comme dans leurs épreuves ; ces épreuves qui semblent faites comme le disait le Christ de l’aveugle-né, pour que se manifestent en lui les œuvres de Dieu (cf. Jean 9,3).
Ils voient Dieu surtout – mystère de foi – dans le Christ présent en l’Eucharistie, comme au soir de la Cène, prêt à leur communiquer sa propre vie.
Ils voient Dieu au plus profond d’eux-mêmes, sensibles au souffle de l’Esprit qui les appelle à vivre dans le silence et dans la communion à la vie trinitaire : « Celui qui m’aime, dit Jésus, je viendrai chez lui. Je me manifesterai à lui et nous ferons chez lui notre demeure » (Jean 14,21. 23).
« Voir Dieu n’est pas seulement l’affaire de l’intelligence, mais du regard vivant ; or ce regard est clair quand l’œil est pur ; mais les racines de l’œil plongent dans le cœur. Pour connaître Dieu, la simple tension de l’esprit n’est guère efficace : le cœur doit devenir pur » (Romano Guardini, Le Seigneur).
« Ainsi celui qui voit Dieu possède par cette vision tous les biens inimaginables : une vie sans fin, une incorruptibilité perpétuelle, une joie inépuisable, une invincible puissance, un enchantement éternel, une lumière véritable, les douces paroles de l’esprit, une gloire incomparable, une allégresse jamais interrompue, tous les biens, enfin. Que cette Béatitude nous offre de grandes et belles espérances ! » (Saint Grégoire de Nysse).
PRIÈRE
(Jean de Fécamp, XI s.- Revue Prier)
Donne-moi, Seigneur, un cœur pur,
un cœur sincère, un cœur donné,
un cœur chaste, un cœur sobre,
un cœur doux, un cœur humble,
un cœur plein de sérénité,
un cœur qui te désire,
un cœur qui veille à tout,
un cœur compatissant aux souffrances des autres,
afin que je sache pleurer avec ceux qui pleurent
et me réjouir avec ceux qui sont dans la joie.
AMEN !