Mt 5,4 : HEUREUX LES DOUX...

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mt 5,4 : HEUREUX LES DOUX…

5,4 : « Heureux les doux, car ils obtiendront la terre promise » ! C’est une béatitude ajoutée par Matthieu ; c’est comme un doublet de la première : Bienheureux les pauvres de cœur. En effet, le même mot hébreu peut se traduire par « pauvre », « doux » et « petit ». La douceur, la patience, la confiance, caractérisent l’attitude du pauvre de cœur dans ses rapports avec le prochain. Telle a été l’attitude de Jésus « doux et humble de cœur » : « couvert d’insultes, il n’insultait pas ; accablé de souffrances, il ne menaçait pas, mais il confiait sa cause à Celui qui juge avec justice » (1 Pierre 2,23).

Jésus n’a pas dit : Heureux les « mous », les « résignés », ceux qui supportent tout, ceux qui s’abandonnent à la fatalité, ceux qui craignent les conflits et les fuient.

Il a dit : Heureux les tenaces et les impatients, ceux qui, jusque dans leur révolte contre la violence dans le monde, font de la non-violence l’arme de la paix ; ceux qui ne cherchent pas à dominer, mais à promouvoir ; ceux qui ne veulent pas réussir à n’importe quel prix ; ceux qui ne veulent pas avoir raison toujours et partout ; ceux qui prennent leur vie en main et la mènent avec sérénité et courage devant Dieu et devant les hommes, jusqu’au cœur des affrontements.

Heureux les doux : de cette douceur qui s’oppose à la raideur et à l’endurcissement et qui est énergie, dynamisme, force détendue, malléable, disponible, de qui a appris à contrôler dans la détente son énervement et sa peur agressive. La douceur est tout le contraire de la « nuque raide » et du « cœur de pierre ». Ayant compris que l’énergie était dans la douceur détendue et rayonnante, dans la tendresse, il nous faut, avec plus ou moins de facilité, apprendre à nous « adoucir » en sachant non pas nous « amollir », mais « rester ferme ».

Pour bien comprendre cette Béatitude, il faut partir du portrait que nous trace Matthieu du Maître « doux et humble de cœur ». Ces confidences qui nous ouvrent des horizons infinis sur la prodigieuse délicatesse de l’amour, quand il est celui du cœur même de Dieu : cet « appel » qui a bouleversé tant d’existences humaines depuis qu’il a retenti sur notre terre ; ces inoubliables paroles qui expriment ce dont les Apôtres étaient témoins tous les jours dans la façon dont le Maître se comportait avec les pécheurs et avec ces « petites gens » que méprisaient les Pharisiens : relisons-les comme témoignage de l’infinie tendresse et percevons-en l’exaltante puissance libératrice : « Venez à Moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes. Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger. » (Mt 11,28-29).

Comme le Pape Paul VI l’a si bien montré dans son encyclique Ecclesiam suam, la Béatitude des « doux » est par excellence la Béatitude du dialogue. A notre époque, l’Église ne peut accomplir sa mission d’évangélisation que si elle est en un sens très forte – bien plus que dans le passé – l’Église du dialogue. C’est le mérite de Paul VI et du Concile Vatican II, puis de Jean-Paul II et Benoît XVI, de l’avoir magnifiquement compris et explicité : et cela non pas comme une directive passagère, mais comme une exigence à la fois définitive et essentielle fondée sur le comportement même de Dieu dans ses rapports avec l’humanité. Le Dieu du dialogue a voulu l’Église du dialogue.

La Béatitude des « doux » est également la Béatitude de la non-violence à la lumière de l’Évangile. Il faut s’efforcer d’en faire l’apprentissage dans toute la mesure du possible. Ses potentialités sont évidentes sur le plan économique et social, ainsi que dans la politique intérieure : la vie même des États démocratiques le démontre tous les jours, en dépit de leurs imperfections. L’existence des armes de destruction massive la rend plus nécessaire que jamais sur le plan de la politique internationale ; tout ce qui contribue à la rendre pacifique, à maintenir et à rétablir le dialogue et la collaboration entre les partenaires internationaux, relève de la non-violence, même si des armées sont maintenues.

Le désarmement « matériel » ne peut être que la conséquence du désarmement « moral » : lequel relève de toute évidence de pratiques non-violentes (efforts pour diminuer les tensions et la méfiance, renoncement à considérer l’adversaire comme diabolique, premiers pas dans le sens du dialogue et de la coopération…). Pourquoi ne pas reconnaître aussi des vocations personnelles de non-violence absolue, dans le sens de la tradition monastique de l’Église ?

Le commandement évangélique de la non-violence concerne chacun de nous et il faut vouloir l’assumer d’une façon responsable, même si, dans le monde de violence qui est le nôtre, nous avons à maintenir le droit de légitime défense individuelle et collective. C’est le commandement de la charité qui est le commandement suprême et celui de la non-violence lui est subordonné. C’est l’amour même du prochain qui nous demande de le défendre, quand il est injustement attaqué.

« Heureux les doux car ils obtiendront la terre promise ». L’expression « Le Royaume des cieux est à eux » (vv.3 et 10) est synonyme de « ils obtiendront la terre promise ». L’origine est certainement ce verset du Psaume 37(36),11 : « Les doux possèderont la terre et jouiront d’une abondante paix ». Les verbes obtenir et posséder font penser à « hériter », c’est-à-dire recevoir en pleine propriété, à titre inaliénable. L’héritage que Jésus promet, c’est le Royaume (Mt 25,34) : « Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde ». Cette deuxième Béatitude se fait donc bien l’écho de la première.

 

PRIÈRE

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix.

Là où il y a la haine, que je mette l’amour.

Là où il y a l’offense, que je mette le pardon.

Là où il y a la discorde, que je mette l’union.

Là où il y a l’erreur, que je mette la vérité.

Là où il y a le doute, que je mette la Foi.

Là où il y a le désespoir, que je mette l’espérance

Là où il y a les ténèbres, que je mette la lumière.

Là où il y a la tristesse, que je mette la joie.

O Seigneur, que je ne cherche pas tant

à être consolé qu’à consoler,

à être compris qu’à comprendre,

à être aimé qu’à aimer.

Car c’est en donnant qu’on reçoit,

c’est en s’oubliant soi-même qu’on trouve,

c’est en pardonnant qu’on est pardonné,

c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie.

 

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Publié dans MATTHIEU

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