Mt 5,5 HEUREUX CEUX QUI PLEURENT...
Mt 5,5 : HEUREUX CEUX QUI PLEURENT…
5,5 : « Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés » ! Non pas ceux qui ne pleurent que pour pleurer, ceux qui ne pleurent que sur eux-mêmes, sans pouvoir verser des larmes sur les autres.
Mais heureux ceux qui, jusque dans leurs larmes, sont encore capables de lutter et d’aimer avec la flamme que donne l’espérance ; ceux qui ne se laissent pas submerger ni durcir par les contradictions, la solitude et la mort ; ceux qui, jusque dans leur souffrance découvrent l’occasion d’une nouvelle présence à Dieu et à leurs frères et à leurs sœurs, les proches comme les plus lointains ; ceux qui font l’expérience de l’impuissance des créatures et des biens de la terre à combler leur attente, car c’est alors qu’ils lèvent les yeux et qu’ils tendent leurs bras… Heureux ceux-là, car ils seront consolés.
La tristesse est souvent le fruit de celui qui a perdu tout sens dans la vie. Dieu s’approche de celui qui est dans l’épreuve. Il peut consoler de tout, même du dégoût de soi en offrant à tous son réconfort et son pardon.
Mt 11,28.30 : « Venez à Moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos… Mon joug est facile à porter et mon fardeau est léger… »
Isaïe 25,8 : « Le Seigneur Dieu essuiera les larmes de tous les visages ».
Isaïe 57,18 : « Je lui prodiguerai réconfort… je le comblerai de consolations »
Luc 4,18 « Jésus vint à Nazareth ; il se rendit à la synagogue et fit la lecture en Isaïe 61,1-2 : « L’Esprit du Seigneur m’a envoyé…panser ceux qui ont le cœur brisé… consoler tous ceux qui sont dans le deuil… »
Psaume 6,9-10 : « Le Seigneur entend mes sanglots… Il accueille ma demande… »
Apocalypse 7,17 : « Dieu essuiera toute larme de leurs yeux »
Apocalypse 21,4 : « Dieu aura sa demeure avec les hommes… Il essuiera toute larme de leurs yeux ».
2 Corinthiens 4,17 : « C’est pourquoi nous ne perdons pas courage. Et même si, en nous, l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour, car nos détresses d’un moment sont légères par rapport au poids extraordinaire de gloire éternelle qu’elles nous préparent. Notre objectif n’est pas ce qui se voit, mais ce qui ne se voit pas : ce qui se voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel ».
La consolation appartient aussi à celui ou à celle qui est consterné par ses faiblesses et ses manquements devant Dieu et devant les hommes. C’est la bonne tristesse spirituelle. St Paul écrivait aux Chrétiens de Corinthe : « Tite nous a raconté vos pleurs… Même si je vous ai attristés par ma lettre, je ne le regrette pas. Même si je l’ai regretté – car je vois que cette lettre vous a attristés momentanément - maintenant je me réjouis, non pas que vous ayez été attristés, mais de ce que votre tristesse vous a portés à un changement radical ; car vous avez été attristés selon Dieu… En effet, la tristesse selon Dieu produit un changement radical qui mène au salut et que l’on ne regrette pas, tandis que la tristesse du monde produit la mort. » (2 Corinthiens 7,7-11). Celui qui éprouve cette tristesse selon Dieu reconnaîtra en lui « le Dieu de toute consolation » : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation ; il nous console dans toutes nos détresses pour que nous puissions consoler tous ceux qui sont en détresse, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu. » (2 Co 1,3-4). Évoquons les larmes de repentir de Marie-Madeleine : « Va, et désormais ne pèche plus ! » (Jn 8,11) et de Pierre : « M’aimes-tu plus que ceux-ci ? » (Jn 21,15).
« Heureux ceux qui pleurent… ceux qui sont dans la tristesse… heureux les affligés… tous ceux qui endurent une affliction du corps, de l’âme, de l’esprit ou du cœur… » Non, ce n’est pas une provocation : la souffrance reste un mal et il faut tout faire pour la combattre. C’est un paradoxe, un de ces paradoxes de la Parole de Dieu dont il faut découvrir le mystère pour percevoir qu’ils sont étincelants de vérité et d’espérance.
Il s’agit ici de marquer fortement le contraste qui existe entre le vrai bonheur à la lumière de la foi et le faux bonheur de la société ambiante. L’espérance chrétienne n’est attirante que si elle est intériorisée. La béatitude de « ceux qui pleurent », mais à qui est promise la plus merveilleuse consolation, devient ainsi la Béatitude par excellence de l’espérance chrétienne. Il ne s’agit, en aucune façon d’une dépréciation de notre vie terrestre et des richesses de la société humaine, qui sont des dons de Dieu. Il ne s’agit pas non plus d’une évasion par rapport à nos tâches terrestres. Il s’agit de l’orientation de notre vie entière vers cet Avenir absolu du Royaume qui est le don suprême de l’infinie libéralité divine. Et il s’agit d’assumer passionnément nos tâches terrestres dans l’esprit de l’Évangile : et, notamment, dans un esprit de service de nos frères humains.
Mieux encore, la Béatitude de l’espérance chrétienne se révèle la Béatitude de la souffrance transfigurée. La souffrance, aux yeux de la foi chrétienne, devient puissance rédemptrice dans la communion avec la souffrance de l’Unique Rédempteur.
Jésus Crucifié : voilà bien la réponse fondamentale au mystère de la souffrance pour l’expérience chrétienne : une réponse, non pas rationnelle, mais existentielle, de la part de celui en qui elle reconnaît le Fils de Dieu. Voilà pourquoi le crucifix est, pour tant de chrétiens, un symbole essentiel au plus profond de leur vie. « Votre tristesse se changera en joie » (Jn 16,20). « Ceux qui sèment dans les larmes, moissonnent en chantant » (Ps 126,5).
« Car ils seront consolés » ! Cette promesse n’est pas uniquement pour l’au-delà ; il dépend de nous qu’elle se réalise dès maintenant. Le Seigneur a besoin de notre cœur, de notre amour, de nos larmes, de nos mains, pour venir consoler lui-même, à travers nous, ceux qui souffrent, ceux qui pleurent autour de nous. « Pleurez avec ceux qui pleurent » (Romains 12,15), apportez votre compassion, votre présence, votre aide, votre amour à ceux qui souffrent, pour qu’ils perçoivent à travers vous l’amour du Seigneur.
Gilbert Cesbron a dit : « heureux ceux qui pleurent de compassion avec ceux qui pleurent de souffrance : les deux sources se tariront ensemble, chacun aura sauvé l’autre ».
« Il n’est pas vrai que ceux qui pleurent aient trouvé la joie. Cela ne devient vrai que si la rencontre du Christ a eu lieu. Nous découvrons alors que c’est Dieu lui-même qui a soif, soif de nous rejoindre dans ce point secret où nous ne pourrons plus nous passer de lui, soif que du sein de notre faiblesse, de notre lassitude, de notre lâcheté, monte enfin en nous, plus fort dans sa fragilité même, le cri de notre désir. » (Bernard Bro, Jésus-Christ, ou rien).
« Avons-nous embrassé aujourd’hui ceux qui pleurent, avons-nous souri de tendresse jusqu’à ce qu’ils sourient à leur tour » se demandent les Petits Frères des Pauvres dans leur prière du soir.
La vraie joie n’est pas dans l’absence de douleur, mais dans la certitude que la douleur a un sens.
« Toi qui as pleuré avec la veuve de Naïm
et avec les sœurs de Lazare,
emplis nos cœurs, Seigneur,
non pas d’attendrissement mais de tendresse.
Remplis-les de compassion pour les autres,
à commencer par les plus proches.
Apprends-nous à partager la souffrance des affligés,
à porter leurs fardeaux,
à nous ranger activement dans leur camp.
Rends-nous attentifs, Seigneur, à ceux qui pleurent,
c’est par leurs yeux que Tu pleures.
Tous les sanglots qui roulent d’âge en âge
s’abîment dans l’océan de ton Amour.
Donne-nous de savoir veiller sans cesse
aux portes du Royaume immense de la Douleur. »
(Revue PRIER).