Mt 5,6 HEUREUX CEUX QUI ONT FAIM ET SOIF DE JUSTICE

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mt 5,6 : HEUREUX CEUX QUI ONT FAIM ET SOIF DE JUSTICE…

5,6 : « Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés » ! Non pas ceux qui sont repus, ceux qui se cramponnent à leurs illusions et à leurs privilèges, ceux qui n’attendent rien des autres, ceux qui n’attendent rien de Dieu.

Mais heureux ceux dont toute la vie est habitée par la passion que l’homme soit debout et que le monde réussisse ; ceux pour qui le combat pour la justice – une justice pour tous les hommes – est l’expression de leur fidélité à Dieu ; ceux qui n’ont pas peur de prendre des risques, d’avoir des histoires, d’encaisser des coups bas ; ceux qui ne perdent pas leur temps avec des choses qui n’en valent pas la peine ; ceux qui sont en recherche de Dieu…

Heureux ceux qui ont faim et soif de justice : heureux les passionnés de Dieu, car ils seront rassasiés. C’est la première des béatitudes de la justice d’après saint Matthieu. C’est lui qui précise cette faim et cette soif.

Ce n’est pas d’une « faim et soif matérielle » qu’il s’agit ici, mais d’une « faim et soif spirituelle », la « faim et soif de justice ». Les destinataires de la Béatitude peuvent être des riches aussi bien que des pauvres. Chacun est interpellé en tant qu’être humain. Chacun est invité à mettre en pratique un idéal de vie. La Béatitude nous montre le chemin du bonheur en nous invitant à nous consacrer de tout notre cœur à l’accomplissement des exigences de la Parole de Dieu et à nous efforcer de vivre en plénitude à la lumière de l’Évangile. Elle est la Béatitude de l’EXISTENCE CHRÉTIENNE.

Ces « assoiffés de justice » ce sont tous ceux qui dépassent l’envie et la jalousie, tous ceux qui partagent ce qu’ils ont reçu, ceux qui ont conscience de ne pas être des propriétaires, mais des gérants à qui les biens comme les qualités sont « confiées », ceux qui restent debout sans s’assoupir, ceux qui ne sont pas repus, ceux qui continuent à avoir faim et soif, c’est-à-dire qui aspirent à un plus, à un plus haut, à davantage, ceux qui attendent quelque chose des autres et de Dieu, ceux qui ne font aucune discrimination : « Dieu ne fait pas de différence entre les hommes » (Actes 10,34) : tout homme est mon frère !

La « justice » pour Jésus n’est pas seulement sociale, c’est-à-dire la juste répartition des biens matériels. Elle n’a pas avant tout une signification politique. Elle est globale. Jésus se déclare insatisfait de la justice juridique et légaliste de son temps : « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux » (Mt 5,20). La justice est reliée au Royaume de Dieu, si bien que Jésus invite à chercher l’une et l’autre ensemble : « Cherchez d’abord le Royaume des cieux et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît » (Mt 6,33). Jésus pousse cette recherche jusqu’à l’extrême limite : celle de la perfection.

Jésus envisage surtout la « justice » au sens de « sainteté ». C’est en ce sens que Joseph est appelé « homme juste ». Par justice il faut donc entendre ici la « vertu » qui incline à rendre à chacun – et d’abord à Dieu lui-même – ce qui lui est dû. Or, tout ce que nous devons à Dieu et au prochain se trouve renfermé dans l’« amour » bien compris, qui résume « toute la loi ». Vouloir le bien véritable de tous et de chacun, c’est aimer Dieu et le prochain du plus grand amour qui puisse être, c’est pratiquer la charité parfaite : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (parfait = juste, qui s’ajuste à Dieu) (Mt 5,48). La justice, c’est l’authentique sainteté chrétienne, avec ses composantes essentielles de foi, d’espérance et de charité ; c’est le bien, le vrai, l’ordre, la grandeur. La Béatitude de la justice est celle de la SAINTETÉ, à l’image de l’infinie perfection du Père céleste. Simone Weil assurait que notre époque avait besoin d’une « sainteté qui ait du génie » !

La sainteté chrétienne est la sainteté d’un Dieu qui aime tous les hommes et qui les appelle tous au salut. Elle ne peut donc être qu’une sainteté ouverte à autrui, s’accomplissant dans le plus large amour possible. On ne peut contribuer à transformer le monde à la lumière de l’Évangile que si on en vit soi-même, que si on est le sel de la terre et la lumière du monde.

A celui qui fait de la justice, c’est-à-dire de la sainteté, la joie et la passion de sa propre vie, est faite la promesse « d’être rassasié ». C’est Jésus, le juste par excellence, qui tiendra cette promesse ; Lui qui a subi la plus grande injustice avec son arrestation et sa condamnation, mais dont la Justice a été manifestée aux yeux de tous au moment de sa Résurrection ! En Lui nous serons rassasiés non seulement « demain » : « Venez les bénis de mon Père… car c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,34.40) ; mais « dès aujourd’hui » puisqu’il a promis juste avant son ascension, que sa présence permanente serait la force n°1 de tous ses disciples : « Et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20).

« Je fais le rêve » de Martin Luther King

« Je fais le rêve que les hommes, un jour, se lèveront et comprendront enfin qu’ils sont faits pour vivre ensemble comme des frères.

Je fais encore le rêve, ce matin, qu’un jour chaque Noir de ce pays, chaque homme de couleur dans le monde entier, seront jugés sur leur valeur personnelle plutôt que sur la couleur de leur peau, et que tous les hommes respecteront la dignité de la personne humaine.

Je fais encore le rêve qu’un jour les industries moribondes des Appalaches reprendront vie, que les ventres vides du Mississipi seront remplis, que la fraternité sera un peu plus que quelques mots à la fin d’une prière, qu’elle sera, bien au contraire, le premier sujet à traiter dans chaque ordre du jour législatif.

Je fais encore le rêve qu’un jour la justice ruissellera comme l’eau, et la droiture comme un fleuve puissant.

Je fais encore le rêve aujourd’hui que dans toutes les hautes sphères de l’État et dans toutes les municipalités entreront des citoyens élus qui rendront la justice, aimeront la pitié et marcheront humblement dans les voies de leur Dieu.

Je fais encore le rêve qu’un jour la guerre prendra fin, que les hommes transformeront leurs épées en socs de charrue et leurs lances en ébranchoirs, que les nations ne s’élèveront plus les unes contre les autres et qu’elles n’envisageront plus jamais la guerre.

Je fais encore le rêve qu’un jour l’agneau et le lion s’étendront l’un près de l’autre, que tous les hommes s’assoiront sous leur treille et leur figuier, et que personne n’aura plus peur.

Je fais encore le rêve aujourd’hui que toute vallée sera exhaussée, que toutes montagnes et toutes collines seront abaissées, que les chemins raboteux seront aplanis et que les chemins tortueux seront redressés, que la gloire de Dieu sera révélée, et que toute chair, enfin réunie, la verra…

Je fais encore le rêve que, grâce à cette foi, nous serons capables de repousser au loin les tentations du désespoir et de jeter une nouvelle lumière sur les ténèbres du pessimisme.

Oui, grâce à cette foi, nous serons capables de hâter le jour où la paix règnera sur terre… Ce sera un jour merveilleux, les étoiles du matin chanteront ensemble et les fils de Dieu pousseront des cris de joie ! ».

                                                     Martin Luther King, La seule révolution, Casterman 1968.

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Publié dans MATTHIEU

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