Mt 5,7 HEUREUX LES MISÉRICORDIEUX...
Mt 5,7 : HEUREUX LES MISÉRICORDIEUX…
5,7 : « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » ! Le mot « miséricorde » n’appartient guère au langage d’aujourd’hui ! On peut le remplacer par : « avoir pitié », « pardonner les offenses », « avoir un cœur de chair », « s’ouvrir à la compassion », « souffrir avec », « partager la peine »… Le miséricordieux porte en lui la douleur du monde ; mais seul celui qui se sait misérable peut ainsi communier à la misère d’autrui ! Pardonner, c’est « donner par-dessus », c’est passer par-dessus les faiblesses et les fautes, pour aimer. Il n’y a que Dieu qui puisse faire cela parfaitement. Être « miséricordieux », c’est avoir le cœur de Dieu devant la misère… C’est se pencher sur l’autre, le prendre par la main, l’aider à repartir, malgré son passé, lui découvrir un avenir tout neuf… C’est bien ce que le Seigneur fait pour nous…
Toute l’histoire d’Israël est faite de promesses, d’abandons et de pardons répétés :
« Je ne prends pas plaisir à la mort de qui que ce soit » Ezéchiel 18,32.
« Je ne donnerai pas cours à l’ardeur de ma colère… Car je suis Dieu et non pas homme » Osée 11,9.
« Il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit… » Luc 15,7.
« Je veux la miséricorde et non le sacrifice. Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs » Matthieu 9,13.
« Le Fils de l’Homme est venu sauver ce qui était perdu » Matthieu 18,11.
« Dieu a envoyé son Fils dans le monde pour que le monde soit sauvé » Jean 3,17.
« Au Seigneur, notre Dieu, la miséricorde et le pardon… » Daniel 9,9.
« Agissez l’un envers l’autre avec fidélité et compassion » Zacharie 7,9
« La miséricorde du Seigneur s’étend de génération en génération sur ceux qui le craignent… Il s’est souvenu de sa miséricorde… » Luc 1,50.54.58.
« Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses » Matthieu 6,14-15.
« On vous mesurera avec la mesure dont vous vous serez servis pour les autres ». Matthieu 7,2.
« Le jugement est sans miséricorde pour qui n’a pas fait miséricorde ; la miséricorde triomphe du jugement » Jacques 2,12.
« Opprimer le pauvre, c’est outrager celui qui l’a fait. Mais avoir pitié de l’indigent, c’est l’honorer » Proverbes 14,31.
« Ne te réjouis pas de la chute de ton ennemi. Et que ton cœur ne soit pas dans l’allégresse quand il chancelle » Proverbes 24,17.
« Priez pour ceux qui vous persécutent » Matthieu 5,44.
« Seigneur… combien de fois dois-je pardonner ? Jusqu’à sept fois ? – Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois » Matthieu 18,21-22.
« J’ôterai de leur chair le cœur de pierre et je leur donnerai un cœur de chair » Ézéchiel 11,19.
« Soyez bons les uns envers les autres, pleins d’une tendre bienveillance ; faites-vous grâce, comme Dieu vous a fait grâce dans le Christ » Éphésiens 4,32.
« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » Luc 6,36.
« Dieu est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés » Éphésiens 2,4.
Dans un monde de violence et de péché, dont nous sommes partie prenante, se vouloir un être fraternel, c’est se vouloir un être de pardon, de réconciliation, de compassion… Comme le disait Martin Luther King, « l’amour pour les ennemis est la clé des problèmes à résoudre dans notre monde… Celui qui est incapable de pardonner est incapable d’aimer ! ».
« Heureux les miséricordieux ! ».Non pas les cœurs durs ! Mais heureux ceux qui ne ferment pas leur cœur à la détresse des autres ; ceux qui ne prétendent pas avoir le dernier mot ; ceux qui ne ressassent pas les vieilles rancunes ; ceux qui ne tiennent pas les comptes des offenses ; ceux qui ne passent pas leur temps à préparer des revanches ; ceux qui ne se laissent pas envahir par la haine ; ceux qui font confiance ; ceux qui pardonnent ; ceux qui prennent le risque d’aimer ceux qui ne les aiment pas ; ceux qui font le premier pas ; ceux qui aident les autres à se relever, à grandir ; ceux qui vont jusqu’au bout de cet amour ! …Eux aussi « obtiendront miséricorde ! ».
Quelques extraits de la Lettre encyclique du Pape Jean-Paul II : « Dieu riche en miséricorde » du 30 novembre 1980 :
« Dans le Christ et par le Christ, Dieu devient visible dans sa miséricorde… Le Christ confère à toute la tradition de la miséricorde divine dans l’Ancien Testament, sa signification définitive. Non seulement il en parle et l’explique à l’aide d’images et de paraboles, mais surtout il l’incarne et la personnifie. Il est lui-même, en un certain sens, la miséricorde. Pour qui la voit et la trouve en lui, Dieu devient « visible » comme le Père « riche en miséricorde ».
« Le Fils de Dieu, dans sa résurrection, a fait l’expérience radicale de la miséricorde, c’est à-dire de l’amour du Père plus fort que la mort. Et c’est aussi le même Christ, fils de Dieu, qui au terme de sa mission messianique, se révèle lui-même comme source inépuisable de la miséricorde, de l’amour… qui doit continuellement se montrer plus fort que le péché. Le Christ de Pâques est l’incarnation définitive de la miséricorde, son signe vivant… »
« Parce que le péché existe dans ce monde que « Dieu a tant aimé qu’il a donné son Fils unique », Dieu qui « est amour » ne peut se révéler autrement que comme miséricorde… La conversion à Dieu consiste toujours dans la découverte de sa miséricorde, c’est-à-dire de cet amour patient et doux comme l’est Dieu Créateur et Père… La conversion à Dieu est toujours le fruit du retour au Père riche en miséricorde. La connaissance authentique du Dieu de la miséricorde, Dieu de l’amour bienveillant, est une force de conversion constante et inépuisable… »
« Jésus-Christ nous a enseigné que l’homme non seulement reçoit et expérimente la miséricorde de Dieu, mais aussi qu’il est appelé à « faire miséricorde » aux autres : « Bienheureux les miséricordieux car ils obtiendront miséricorde ». Dans ces paroles, l’Église voit un appel à l’action, et elle s’efforce de pratiquer la miséricorde… L’homme parvient à l’amour miséricordieux de Dieu, à sa miséricorde, dans la mesure où lui-même se transforme intérieurement dans l’esprit d’un tel amour envers le prochain. »
« L’amour miséricordieux, dans les rapports humains, n’est jamais un acte ou un processus unilatéral. Même dans le cas où tout semblerait indiquer qu’une seule partie donne et offre, et que l’autre ne fait que prendre et recevoir… en réalité cependant, même celui qui donne en tire toujours avantage. De toute manière, il peut facilement se retrouver lui aussi dans la situation de celui qui reçoit, qui obtient un bienfait, qui rencontre l’amour miséricordieux, qui se trouve être objet de miséricorde. »
« En ce sens, le Christ crucifié est pour nous le modèle, l’inspiration et l’incitation la plus haute. En nous fondant sur ce modèle émouvant, nous pouvons en toute humilité manifester de la miséricorde envers les autres, sachant qu’Il la reçoit comme si elle était témoignée à Lui-même. D’après ce modèle, nous devons aussi purifier continuellement toutes nos actions et toutes nos intentions dans lesquelles la miséricorde est comprise et pratiquée d’une manière unilatérale, comme un bien qui est fait aux autres. Car elle est réellement un acte d’amour miséricordieux seulement lorsque, en la réalisant, nous sommes profondément convaincus que nous la recevons en même temps de ceux qui l’acceptent de nous. Si cet aspect bilatéral et cette réciprocité font défaut, nos actions ne sont pas encore des actes authentiques de miséricorde, la conversion, dont le chemin nous a été enseigné par le Christ dans ses paroles et son exemple jusqu’à la croix, ne s’est pas encore pleinement accomplie en nous, et nous ne participons pas encore complètement à la source magnifique de l’amour miséricordieux, qui nous a été révélé en lui. »
« Ainsi donc, le chemin que le Christ nous a indiqué dans le Sermon sur la Montagne avec la béatitude des miséricordieux est bien plus riche que ce que nous pouvons parfois découvrir dans la façon dont on parle habituellement de la miséricorde. On considère communément la miséricorde comme un acte ou un processus unilatéral, qui présuppose et maintient les distances entre celui qui fait miséricorde et celui qui la reçoit, entre celui qui fait le bien et celui qui en est gratifié. De là vient la prétention de libérer les rapports humains et sociaux de la miséricorde, et de les fonder seulement sur la justice. Mais ces opinions sur la miséricorde ne tiennent pas compte du lien fondamental entre la miséricorde et la justice dont parlent toute la tradition biblique et surtout la mission messianique de Jésus-Christ. La miséricorde authentique est, pour ainsi dire, la source la plus profonde de la justice. Si cette dernière est de soi propre à « arbitrer » entre les hommes pour répartir entre eux de manière juste les biens matériels, l’amour au contraire, et seulement lui (et donc aussi cet amour bienveillant que nous appelons « miséricorde »), est capable de rendre l’homme à lui-même. »
« La miséricorde véritablement chrétienne est également, dans un certain sens, la plus parfaite incarnation de « l’égalité » entre les hommes, et donc aussi l’incarnation la plus parfaite de la justice, en tant que celle-ci, dans son propre domaine, vise au même résultat. L’égalité introduite par la justice se limite cependant au domaine des biens objectifs et extérieurs, tandis que l’amour et la miséricorde permettent aux hommes de se rencontrer entre eux dans cette valeur qu’est l’homme même avec la dignité qui lui est propre. ».