Mt 6,10a "QUE TON RÈGNE VIENNE"

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mt 6,10a : « QUE TON RÈGNE VIENNE »

            Pour Jean-Baptiste, puis pour Jésus, la grande et bonne nouvelle, c’est : « Convertissez-vous : le Règne des cieux s’est approché » (Mt 3,2 et 4,17). Toute la prédication de Jésus va être centrée autour de ce thème : le Nouveau Testament parle 122 fois du Règne de Dieu, dont 90 fois dans les paroles même de Jésus.

            « Que ton règne vienne ! »

            Il est donc souvent question dans l’Écriture de « règne » et de « royaume » ; il vaut mieux parler de « règne » que de « royaume », car ce qui est visé c’est l’exercice du pouvoir royal plus que le domaine régi ; il s’agit plus de l’action de Dieu que de son territoire. Pour mieux percevoir le sens de ces mots, il est nécessaire de recourir au Premier Testament et à l’histoire du Judaïsme.

Des Rois ont dirigé Israël de 1030 à 587 avant Jésus-Christ : Saül (1030-1010), David (1010-970), Salomon (970-931) sont les plus anciens et les plus connus. La royauté a pris fin avec la déportation à Babylone du Roi et de beaucoup de Juifs, après la chute de Jérusalem en 587 avant J.C.

Les Rois n’ont pas toujours été au-dessus de tout reproche et leur royauté a souvent laissé à désirer. C’est pourquoi les Prophètes annoncent que Dieu lui-même va prendre les choses en main ; il va envoyer « un roi selon son cœur », à l’image de David qui, malgré ses faiblesses avait laissé un excellent souvenir dans la mémoire du peuple juif. Ce sera un Messie (“choisi par Dieu”, “oint” pour une mission), juste et fidèle, qui dirigera un royaume de justice et de paix.

Après 587 avant J.C., Israël traversera des époques troublées : occupation par les peuples voisins, oppression, annexion… Mais de semblables injustices existeront aussi à l’intérieur de la nation juive : exploitation de tous ceux qui sont trop faibles pour résister aux puissants… On comprend avec quelle ardeur les opprimés attendaient la venue de ce Messie royal, qui allait mettre en place le « Règne de Dieu ». Isaïe même l’annonce ainsi : « Alors le roi règnera selon la justice, les chefs gouverneront selon le droit. Chacun d’eux sera comme un refuge contre le vent, un abri contre l’orage, ils seront comme des cours d’eau dans une terre desséchée, comme l’ombre d’un gros rocher dans un pays aride » (Isaïe 32,1-2).

Lorsque Jésus commence son ministère, Israël est encore sous le joug de l’occupation romaine. Jésus n’ignore pas que le peuple attend le nouveau David qui chassera l’occupant par la force, hors des frontières. Or, lorsque, dans la synagogue de Nazareth, Jésus se présente aux gens du village où il avait grandi, il leur parle, certes, d’une libération, mais pas de celle qu’ils espéraient : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur » (Luc 4,18-19).

« Que ton Règne… »

Et voilà que Jésus annonce : « Le Père m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle… » : c’est celle-ci : « Le Règne de Dieu s’est approché » (Mt 4,17), c’est-à-dire : il est déjà là !. Les foules l’écoutent donc avec espoir. Mais la déception ne tarde pas : les injustices et les malheurs ne cessent pas comme on l’imaginait ; le Règne de Dieu ne s’installe pas comme on le rêvait, avec éclat et majesté. Jésus ne vient pas pour libérer un territoire, il vient pour libérer les cœurs ! Son Royaume ne sera pas un État souverain, avec ses institutions et son armée, ce sera un royaume qui reposera sur la bonté et la générosité ; car celui qui envoie le nouveau David, c’est un Père qui déborde de tendresse : « Ma royauté, dira Jésus à Pilate, ne vient pas de ce monde ; si ma royauté venait de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Non ma royauté ne vient pas d’ici ». (Jn 18,36). Sa royauté lui vient de son Père qui est aux cieux et dont il a pour mission de révéler le cœur de Père : cœur attentif  à tout homme, en particulier aux hommes qu’on pousse sur la touche parce qu’ils ne sont pas comme les autres.

Or cette royauté de Jésus se réalise dès aujourd’hui : « Cette parole de l’Écriture, que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit » (Lc 4,21). Dès maintenant, en Jésus et par ceux qui marchent résolument à sa suite, ce règne s’établit là où se cultive le don de soi, le goût du partage, l’attention à l’affamé. Au crucifié qui, sur la croix lui dit : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton règne », Jésus répond : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis ! » (Luc 23,42-43). Jésus est bien l’aujourd’hui du règne de Dieu. À tel point qu’après avoir dit : « Le règne de Dieu est tout proche de vous » (Luc 10,9), il dira aussi, en réponse aux pharisiens qui lui demandent quand viendra le règne de Dieu : « Le règne de Dieu ne vient pas d’une manière visible. On ne dira pas : Le voilà, il est ici ! ou bien : Il est là ! En effet, le règne de Dieu est au milieu de vous ! » (Luc 17,20-21).

Oui, le règne de Dieu est là, déjà, bien présent… Il suffit d’ouvrir les yeux et surtout d’ouvrir son cœur pour le reconnaître ! Mais il est en butte à bien des forces contraires ; il est combattu par l’esprit du mal ; il est battu en brèche chaque jour par des adversaires qui ne veulent pas de lui. Jésus sème le bon grain, mais l’ennemi de Dieu le suit pour semer l’ivraie dévastatrice. Jésus, à l’approche de ses derniers jours, en regardant Jérusalem, en a pleuré : « Si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui peut te donner la paix ! Mais hélas, cela est resté caché à tes yeux. Oui, il arrivera pour toi des jours où les ennemis viendront mettre le siège devant toi… ils ne laisseront pas chez toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas reconnu le moment où Dieu te visitait ». (Luc 19,42-44).

Le règne de Dieu, même s’il est proche, même s’il est déjà là au milieu de nous, ne vient qu’humblement et discrètement. Il est tout le contraire des pouvoirs tapageurs de ce monde. Pour en parler Jésus invente des histoires, des paraboles, tirées de la vie des gens. Le règne de Dieu est comme une semence jetée en terre qui grandit silencieusement et lentement (Mt 13,3-9, expliquée en Mt 13,18-23) ; ou du levain mis dans la pâte (Mt 13,33). Le Ch 13 de Matthieu cite une grappe de six paraboles se rapportant au royaume de Dieu. Ce Règne n’atteindra sa phase parfaite et définitive qu’à la fin des temps, quand les invités provenant du monde entier prendront place, avec les patriarches et les prophètes, au festin dans le royaume de Dieu (Luc 13,28-29).

Le règne de Dieu est à l’image de celui qui l’annonce : il emprunte les chemins de l’abaissement et de la croix. Jésus en a prévenu ses disciples : « … Vous serez traînés devant les gouverneurs et des rois à cause de moi… Vous serez détestés de tous à cause de mon nom ; mais celui qui aura persévéré jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé… » (Mt 10,17-23). Tableau bien sombre, qui en dit long sur les résistances que rencontrait Jésus dans sa prédication.

 « Que ton Règne vienne ! »

            Ce Règne parfait que les Juifs appelaient de leurs vœux et que Jésus nous apprend à demander au Père, est un don de Dieu à recevoir pour nous et pour le monde entier : « Fais venir ton Règne ».

Les premiers chrétiens comprendront que ce Règne de Dieu atteindra sa perfection lors du retour glorieux du Christ, lors de son « dernier avènement ». D’où leur prière spontanée : « Marana tha » (1 Co 16,22), « Oh ! oui, viens Seigneur Jésus ! » (Apocalypse 22,20).

Mais Jésus montre aussi que l’homme a un rôle à jouer pour accueillir et développer ce Règne dans le monde : « Cherchez d’abord le Royaume et le justice de Dieu » (Mt 6,33). Il ne faut pas que le souci des biens de ce monde étouffe la soif de Dieu ! Ce verset 33 présente un rapprochement éclairant : le Royaume et la justice de Dieu sont associés. La « justice de Dieu » est obtenue lorsque l’humanité mène une vie conforme au plan de Dieu, lorsqu’elle adopte un comportement qui coïncide « juste » avec la volonté de Dieu. Quand la « justice » (dans le sens « d’être ajusté à Dieu ») est atteinte, le Règne de Dieu existe.

Pour que vienne le Règne de Dieu, il ne suffit pas d’implorer Dieu ; il faut encore accomplir sa volonté : « Il ne suffit pas de me dire “Seigneur ! Seigneur !” pour entrer dans le royaume des cieux ; il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux » (Mt 7,21). La volonté de Dieu, c’est que nous aimions Dieu et le prochain (Mt 25,34…).

Dire à Dieu : « Que ton Règne vienne », c’est bien sûr lui demander ce don d’une ère de justice et de paix. Mais c’est aussi s’engager à mettre, dans sa propre vie et autour de soi, cette justice et cette paix.

Publicité

Publié dans MATTHIEU

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article