Mt 6,9b "QUE TON NOM SOIT SANCTIFIÉ"

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mt 6,9b : « QUE TON NOM SOIT SANCTIFIÉ »

            Dès les premiers mots du Notre Père, nous avons été mis en présence de Celui qui est Père, qui est notre Père, notre Père du ciel.

            Jésus nous apprend à ne pas commencer notre prière en demandant quelque chose pour nous, mais à formuler d’abord des vœux, des bénédictions pour Dieu notre Père lui-même. Il nous en propose trois : vouloir que son NOM soit connu, respecté, vénéré ; vouloir que son ROYAUME englobe toutes les nations de la terre ; vouloir que sa VOLONTÉ s’accomplisse toujours et partout. Voyons la première aujourd’hui.

            « Que ton NOM soit SANCTIFIÉ »

                        Le NOM de Dieu, dans le langage biblique, c’est Dieu lui-même, plus précisément sa personne en tant que centre du culte. La formule vient d’Ezéchiel qui la reprend plusieurs fois : « Je montrerai la sainteté de mon grand Nom qui a été profané parmi les nations… Alors les nations connaîtront que je suis le Seigneur, quand j’aurai montré ma sainteté en vous sous leurs yeux » (Ez 36,23-24). Ici se rattache au Nom l’idée de puissance et de force que manifeste Dieu en faveur de son Peuple dans l’histoire du Salut : « Dès lors mon peuple va savoir quel est mon Nom ; dès lors, en ce jour, il va savoir que je suis celui-là même qui affirme : “Me voici !” » (Ez 52,6). Et surtout l’idée de sainteté : « Je montrerai ma sainteté parmi vous sous les yeux des nations » (Ez 20,41).

            « Saint est son Nom » proclame le Magnificat (Luc 1,49). C’est un langage typique du Premier Testament. Jésus nous le propose comme premier souhait à formuler dans notre prière du Notre Père : « Que ton Nom soit sanctifié ». Isaïe en faisait déjà un devoir pour le peuple de l’Alliance : « Il sanctifiera mon Nom, il sanctifiera le Saint d’Israël » (Is 29,23). Ce texte d’Isaïe contient en condensé les trois éléments nécessaires pour éclairer la première bénédiction du Notre Père. On y trouve en effet :

§  L’expression « sanctifier le Nom »

§  L’équivalence entre le Nom et Dieu

§  L’affirmation de la sainteté de Dieu

La sainteté de Dieu.

                C’est là une donnée centrale, affirmée d’un bout à l’autre du Premier Testament : « Vous serez saints parce que moi, je suis saint » (Lévitique 11,45) ; « Soyez saints, car moi, Dieu, je suis saint » (Lévitique 19,2) ; « Saint, saint, saint est le Seigneur Sabaoth ! Toute la terre est remplie de sa gloire » (Isaïe 6,3).

Aussi bien peut-on désigner Dieu comme « le Saint » tout court, ou « le Saint Très-Haut », ou encore selon l’expression la plus courante, « le Saint d’Israël ». Plus de cinquante passages dans le Premier Testament, témoignent de cet usage. Celui-ci se continuera d’ailleurs dans le Nouveau Testament, où « le Saint » désignera tantôt Dieu, tantôt le Christ. (Quelques exemples : Mc 1,24 ; Lc 4,34 ; Jn 6,69 ; Ac 2,27 ; 3,14 ; 13,35 ; Ap 3,7.)

L’équivalence Nom = Dieu.

            Si donc Dieu est saint, s’il est le Saint, on peut aussi bien dire que « saint est son Nom », comme l’affirme régulièrement le Premier Testament (Tobie 13,11.17 ; Sagesse 10,20 ; Siracide 17,10 ; 47,10 ; Isaïe 57,15 ; Ezéchiel 36,20.21.22 ; 39,7.25 ; 43,7.8). Pour la Bible, il y a en effet, équivalence entre le “nom” et la “personne”, si bien que « le Nom », comme « le Saint », peut désigner Dieu Lui-même. On trouve cette équivalence entre Dieu et son Nom, dans de multiples passages, comme par exemple le cantique de Daniel qui commence par proclamer : « Béni sois-tu, Dieu de nos pères » (Dn 3,52a), puis enchaîne aussitôt : « Béni soit ton Nom de gloire et de sainteté » (Dn 3,52b). L’usage se perpétuera dans les prières juives, comme l’atteste le Shemeneh ‘Esreh, dont la troisième bénédiction affirme du même souffle : « Tu es saint, et ton, Nom est saint ».

La sanctification du Nom.

            Dès lors on peut s’attendre à trouver la même équivalence entre « sanctifier Dieu » et « sanctifier le Nom ». Cela se retrouve notamment en Ézéchiel 36,23-24 (texte cité page précédente). Mais si Dieu est saint, si son nom est saint, il ne saurait être « sanctifié » au sens d’être « rendu saint » ou « plus saint » ! Les humains, en particulier, ne sauraient sanctifier le Nom de Dieu en ce sens ! Au contraire, comme le souligne par exemple Lévitique 20,8 : « C’est moi, le Seigneur, qui vous rends saints » ; affirmation reprise en d’autres termes au chapitre suivant : « Car je suis saint, moi le Seigneur, et c’est moi qui vous rends saints » (Lv 21,8). « Vous ne profanerez pas mon saint Nom » lit-on encore en Lv 22,32, « afin que je sois sanctifié (reconnu pour saint) au milieu des Israélites. C’est moi, le Seigneur qui vous consacre ».

« Que ton NOM soit SANCTIFIÉ »

            Comment comprendre réellement cette première bénédiction duNotre Père ? Si le Nom de Dieu est saint, le « sanctifier » ne peut alors consister qu’à le « manifester », à le reconnaître ou à le faire reconnaître comme saint. C’est bien en effet cette signification qu’exprimait la deuxième partie du texte d’Ezéchiel déjà cité (Ez 36,24) : « … Les nations sauront que je suis le Seigneur quand je me sanctifierai sous leurs yeux ». Pour Dieu, se sanctifier ou sanctifier son Nom, c’est se faire reconnaître pour ce qu’il est. D’où la traduction faite en français par la T.O.B. de la première demande du Notre Père : « Fais-toi reconnaître comme Dieu ».

Donc, on ne saurait sanctifier Dieu ou son Nom en le “rendant saint”, mais “en le faisant apparaître” ou “en le manifestant comme saint”. Ainsi le Nom de Dieu peut être sanctifié (c’est-à-dire que Dieu peut se faire connaître ou reconnaître), soit à travers une certaine qualité de vie et d’engagement des croyants, soit à travers ses propres interventions.

Qu’en est-il de la demande du Notre Père ? Cela n’est pas précisé. Et la tournure au passif, « que ton Nom soit sanctifié), laisse le champ ouvert, en ce sens qu’on peut aussi bien sous-entendre à la suite « par toi-même » ou « par nous-mêmes », ou les deux à la fois. Cependant la première interprétation est sans doute à préférer, si l’on considère que l’ensemble des bénédictions et demandes qui vont suivre – sauf la troisième en Matthieu, « que ta volonté soit faite » - en appellent toutes à l’initiative et à l’action de Dieu (« que vienne ton Règne », « donne-nous », remets-nous », « délivre-nous »).

Voilà donc aux yeux de Jésus, ce qu’il faut demander à Dieu en priorité. Le croyant a déjà reconnu Dieu, à qui il s’adresse comme à son Père du ciel. Mais cette relation à Dieu dans laquelle il est entré n’en n’est pas une où il puisse s’enfermer. Les disciples de Jésus prient pour que le Dieu qu’ils ont eux-mêmes reconnu, se fasse aussi reconnaître par les autres. Ainsi, dès la première demande, le Notre Père, d’emblée, élargit les perspectives et, pourrait-on dire, acquiert une portée missionnaire. Cet élargissement des perspectives, affirmé dans les deux versions du Notre Père, est sans doute plus manifeste encore dans celle de Matthieu. Dieu, disait l’adresse, n’est pas seulement « mon Père », il est « notre Père » : le croyant ne peut donc monopoliser Dieu pour lui-même. « Fais-toi reconnaître pour ce que tu es (un Dieu Père et Sauveur) » enchaîne la première demande : les croyants dans leur ensemble ne peuvent donc pas davantage monopoliser Dieu, comme l’exprime Isaïe dans une formule fort suggestive, extraite d’un autre contexte : « J’en rassemblerai encore d’autres avec ceux qui sont déjà rassemblés » (Is 56,8).

Pour les disciples de Jésus, pour Matthieu et Luc au moment où ils rédigeaient leur évangile, après avoir découvert la signification pascale de l’Événement Jésus, la première demande du Notre Père, possédait sans doute une portée missionnaire universelle : « Que ton Nom soit sanctifié par tous » ; « Allez enseigner toutes les nations » (Mt 28,19) ; « Vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1,8). Pour les évangélistes et pour leurs communautés, la première demande du Notre Père revenait à demander à Dieu de les précéder sur le chemin de la mission.

Il en est toujours de même pour nous. Alors, que notre engagement ne soit pas seulement en paroles, mais en actes ! Nous sanctifierons le Nom du Père chaque fois que nous vivrons en enfant de lumière, laissant rayonner à travers nous, cet amour inouï dont le Père du ciel nous comble en permanence, pour que d’autres en soient à leur tour illuminés.

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Publié dans MATTHIEU

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