Mt 6,10b "QUE TA VOLONTÉ SOIT FAITE SUR LA TERRE...

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mt 6,10b : « QUE TA VOLONTÉ SOIT FAITE SUR LA TERRE COMME AU CIEL »

                        Cette troisième bénédiction au début du Notre Père, Matthieu est le seul à l’indiquer. On ne la trouve pas dans l’évangile selon saint Luc.

            Trois hypothèses sont avancées par les spécialistes de la Bible. La première, c’est que Jésus aurait enseigné le Notre Père plusieurs fois : en certaines occasions, il aurait omis cette bénédiction ; en d’autres, il l’aurait ajoutée.

            Une seconde hypothèse suggère que cette bénédiction existait bien, mais que Luc, dans un souci de ne conserver que l’essentiel, l’aurait supprimée. Pourquoi ? Il aurait jugé que cette bénédiction ne faisait que reprendre la précédente. Bien sûr, les mots de ces deux bénédictions changent, mais le fond est très voisin.

            La troisième hypothèse suppose que cette troisième bénédiction n’existait pas dans le texte enseigné par Jésus. Mais la communauté où Matthieu entendait réciter le Notre Père, et pour laquelle il écrivait, aurait spontanément insisté sur la deuxième bénédiction en la commentant et en la faisant suivre de la même idée exprimée avec d’autres mots. C’est un procédé très répandu dans la diffusion des traditions orales.

            Des spécialistes fort sérieux soutiennent chacune de ces trois hypothèses… Il est donc difficile de trancher. Mais nous pouvons noter que les deuxième et troisième hypothèses soulignent la ressemblance de la troisième bénédiction avec la seconde. En effet, Dieu ne règne que dans la mesure où les hommes accomplissent sa volonté.

            « Que ta volonté soit faite ! »

                        La volonté de Dieu est un thème cher à Jésus. Il la considère comme le but de sa vie : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre ». (Jn 4,34). « Je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé » (Jn 5,30). « Je suis descendu du ciel pour faire, non pas ma propre volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé » (Jn 6,38).

            Cette volonté du Père, Jésus a eu le courage de la préférer même dans les circonstances dramatiques de son agonie : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Pourtant non pas comme je veux, mais comme tu veux ! » (Mt 26,39). Et un peu plus tard : « Mon Père, si cette coupe ne peux passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » (Mt 26,42). Ce n’était pas une acceptation résignée, mais la suite logique de ce que Jésus avait pratiqué toute sa vie : « Je fais toujours ce qui lui plaît » (Jn 8,29).

            Jésus a donc donné l’exemple : il a toujours choisi la volonté de son Père. Il a aussi recommandé à tous ceux qui voulaient plaire à Dieu de s’attacher à accomplir cette volonté, de ne pas en rester aux bonnes intentions ni aux belles déclarations, mais de passer aux actes : « Il ne suffit pas de me dire “Seigneur, Seigneur” pour entrer dans le royaume des cieux ; il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux » (Mt 7,21). Ceux qui s’attachent à suivre cette volonté deviennent alors très proches de Jésus : « Quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, c’est lui mon frère, ma sœur, ma mère ! » répond Jésus quand on lui dit que des membres de sa famille l’appelaient pour lui parler (Mt 12,50).

            « Père, que ta volonté soit faite ! »

                        Attention ! Faire la volonté de Dieu peut être mal compris, mal interprété ; quand par exemple elle devient résignation ou fatalisme devant la souffrance, les épreuves, les malheurs qui jalonnent notre route ; ou quand elle est aliénation de notre propre volonté. Tout n’est pas volonté de Dieu : Dieu ne veut pas notre souffrance ; il n’a pas créé la mort (cf. Sg 1,13). Dieu est un Père qui nous aime à chaque instant : c’est la Bonne Nouvelle de Jésus. N’associons pas la volonté de Dieu à toutes les catastrophes qui s’abattent sur le monde ! La souffrance, la mort, le mal font partie inévitablement du monde présent qui n’est plus le monde créé par Dieu, mais le monde déchu, abîmé par le péché que Jésus est venu justement racheter ; et ce monde est actuellement en « travail » de rédemption jusqu’à la fin des temps (Rm 8,18-22). Alors, « Dieu essuiera toute larme de leurs yeux : de mort il n’y en aura plus ; de pleurs, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé » (Apocalypse 21,4) : voilà ce que Dieu veut ! Voilà ce que nous lui demandons de réaliser chaque jour.

            « Que ta volonté soit faite ! »

                        Quelle est véritablement cette volonté de Dieu que nous souhaitons voir se réaliser ? Saint Paul nous le précise dans sa lettre à son disciple Timothée : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tm 2,3).

            Dans l’Évangile Jésus l’indique à plusieurs reprises et de façon véhémente. Tout se résume à une manifestation évidente : le Père veut le salut de tous.  Il court après la brebis perdue et éclate de joie lorsqu’il la retrouve (Lc 15,4-7). Il est comme la femme qui cherche avec zèle sa pièce de monnaie perdue (Lc 15,8-10). Il est surtout comme le père du prodigue qui ne désespère jamais de le voir revenir, sauvé, réconcilié et qui se précipite au-devant de lui (Lc 15,11-32).

            Dieu a donc un plan sur sa création abîmée, un plan de salut, de restauration. Voilà sa volonté. Et c’est cela que nous souhaitons et lui demandons de réaliser. Une telle volonté de salut, le Père la manifeste d’une manière on ne peut plus “divine” : en envoyant son Fils dans le monde pour réaliser cette volonté ; et nous savons jusqu’où Jésus s’abaissera : jusqu’à la mort la plus infamante : « Le Père m’aime parce que je donne ma vie pour mes brebis… Personne n’a pu me l’enlever : je la donne de moi-même… J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie : celles-là aussi il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur » (Jn 10,15-18).

            « Sur la terre comme au ciel »

                        Le mot « ciel » ou « cieux » est ici capital. Dans le langage biblique, le ciel est le lieu où Dieu règne sans contestation (Psaume 103(102),19-21 : « Le Seigneur a son trône dans les cieux… ») ; tandis que sur la terre les forces du mal, aggravées par « le prince de ce monde » (Jn 12,31), exercent leur influence contre Dieu et contre ses enfants.

            En disant « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », nous souhaitons que cette volonté de Dieu, à laquelle la cour céleste se conforme jour et nuit (Ap 4,2-11 ; 5,6-14) se réalise aussi ici-bas, comme elle est déjà pleinement réalisée dans le ciel.

            Le mot « ciel/cieux » encadre les trois vœux, les trois bénédictions du Notre Père, invitant celui qui prie à se tourner vers le ciel (invitation à “lever les mains”) pour exprimer le désir que la terre devienne, elle aussi, le domaine où Dieu règne sans partage. Aucune évasion dans un autre monde meilleur, mais le même désir que celui du Christ : « Je suis venu apporter le feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (Lc 12,49).

            Origène, au IIIesiècle, et à sa suite le Catéchisme du Concile de Trente, font rapporter l’expression « sur la terre comme au ciel » aux trois bénédictions concernant le Nom, le Règne et la Volonté, réalisés de manière encore très partielle sur la terre. Le début du Notre Père pourrait alors se formuler ainsi : Notre Père du ciel, - que, sur la terre comme en ton ciel, - ton Nom soit sanctifié, - ton Règne vienne, - ta Volonté soit faite !

            Retenons pour terminer cette belle faute d’orthographe d’un enfant qui peut devenir pour nous un véritable message spirituel, et pourquoi pas, une réalité vécue :

« Que ta Volonté soit « fête » sur la terre comme au ciel ! »

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Publié dans MATTHIEU

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