Mt 6,12 "REMETS-NOUS NOS DETTES, COMME NOUS...
Mt 6,12 : « REMETS-NOUS NOS DETTES ?
COMME NOUS LES AVONS REMISES NOUS-MÊMES
À CEUX QUI NOUS DEVAIENT »
« Nous avons des dettes… »
Nous n’avons pas toujours sanctifié le Nom de Dieu… Nous n’avons pas fait assez grandir le Royaume de Dieu… Nous avons imparfaitement accompli la volonté de Dieu… Nous n’avons pas assez généreusement partagé notre pain…
La prière liturgique du Notre Père utilise le mot « offenses », là ou Matthieu parle de « dettes » et Luc de « péchés ». En fait, dans la langue parlée par Jésus, le même mot pouvait prendre ces diverses significations. La notion de « dette » était connue en Palestine à l’époque de Jésus ; la parabole du “débiteur insolvable” montre que l’on pouvait alors être vendu comme esclave, avec toute sa famille (Mt 18,23-25).
Dans la foi juive, la « dette envers Dieu » était reconnue depuis longtemps et la « demande de pardon » fait partie essentielle de la prière officielle et personnelle, comme en témoignent de nombreux Psaumes. Devant Dieu l’homme est un « pécheur insolvable » (« Pardonne ma faute : elle est grande » (Ps 25(24),11b) ; certes il offre des sacrifices pour ses péchés, mais surtout il demande à Dieu de pardonner « pour l’honneur de son Nom » (Ps 25(24),11a), à cause de ce qu’il est : « Seigneur, miséricordieux et bienveillant, lent à la colère, plein de fidélité et de loyauté » (Ex 34,6).
Notons que cette demande de pardon vient au deuxième rang de nos besoins, tout de suite après le pain.
« Nous pouvons être pardonnés »
Jésus nous offre chaque jour, à chaque instant, ce pardon sans limite : « Près de Toi se trouve le pardon » (Ps 130(129),1). « Heureux l’homme dont la faute est enlevée et le péché remis » (Ps 32(31),1.
Jésus offre son pardon à quiconque manifeste une réelle repentance, et revient à Lui avec une contrition sincère. Il l’offre gratuitement, par grâce ; mais ce pardon a coûté cher : « Le Seigneur a payé le prix de votre rachat » (1 Co 6,20) ; « Il m’a aimé et il s’est livré pour moi » (Ga 6,20) ; « C’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris » (Isaïe 53,5).
Le prix de notre pardon, c’est : l’Incarnation… la Passion… la Croix de Jésus… Il a expié à notre place le mal que nous lui faisons. Le Christ Jésus « s’est donné en rançon pour tous » (1 Tm 2,6). Si le péché nous éloigne ou nous sépare de Dieu, le pardon nous rapproche et nous relie à lui. L’amour de Dieu est un amour de Père toujours prêt à pardonner. C’est la communauté des pécheurs pardonnés que nous sommes tous qui forme l’Église vivante.
« Comme nous avons remis nous-mêmes les dettes… »
Notons aussi que le pardon de Dieu est associé au pardon de l’homme comme s’il s’agissait des deux faces d’une même réalité. Matthieu y insiste à nouveau dans les deux versets qui suivent la prière du Notre Père (Mt 6,14-15).
Déjà dans les Béatitudes, le texte de Matthieu disait : « Heureux les miséricordieux, il leur sera fait miséricorde » (Mt 5,7). De même dans l’invitation à retarder un sacrifice au Temple (ce qui n’était pas habituel !) pour aller « d’abord te réconcilier avec ton frère » (Mt 5,23-24). Enfin dans l’avertissement donné par Jésus : « C’est la mesure dont vous vous servez qui servira de mesure pour vous » (Mt 7,2). Heureusement que le Seigneur n’utilise pas vraiment la mesure que nous utilisons pour les autres, pour nous mesurer son pardon pour nous ! Heureusement qu’il est meilleur que nous, infiniment plus miséricordieux, plus juste, plus aimant !
Jésus a voulu illustrer fortement cet enseignement dans la parabole du maître qui remet une très grosse dette à son serviteur qui ne sait pas utiliser la même clémence en pardonnant à son tour « du fond du cœur » (Mt 18,23-25) ; du coup il est condamné à payer sa dette jusqu’au dernier centime !
« … à ceux qui nous devaient »
Il est nécessaire de se pardonner réciproquement pour vivre heureux ensemble. Le pardon honore l’homme. Pour accueillir comme il se doit le pardon, il faut avoir appris par expérience personnelle, ce qu’il en coûte de pardonner. Pardonner ne veut pas dire fermer les yeux ! Le mal est toujours à condamner. Le pécheur, lui, peut être pardonné.
Mais surtout les hommes sont créés à l’image de Dieu et à sa ressemblance, et appelés à « être vraiment les fils du Père qui es aux cieux » (Mt 5,45). Pardonner c’est croire à cet appel et surtout c’est y répondre. C’est croire à une vie nouvelle toujours possible pour soi et pour les autres. Quand nous pardonnons, nous rendons le pardon de Dieu plus accessible vers nous ; nous ôtons les obstacles à sa grâce.
On comprend que le pardon soit à demander comme aussi nécessaire et quotidien que le pain ! Rancunes, inimitiés, querelles, obstruent le chemin vers lequel le pardon de Dieu veut nous atteindre. Quand nous pardonnons, nous allégeons notre cœur, nous favorisons notre équilibre et notre santé. Il s’agit toujours d’une double guérison !
Un conseil biblique à mettre en pratique chaque jour : « Que le soleil ne se couche pas sur votre colère ! » (Ephésiens 4,26).