Mt 6,13 "ET NE NOUS SOUMETS PAS À LA TENTATION..."

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mt 6,13 : « ET NE NOUS SOUMETS PAS À LA TENTATION

MAIS DÉLIVRE-NOUS DU MAL »

« Ne nous soumets pas à la tentation… »

          La traduction de cette troisième demande du Notre Père a été difficile à finaliser et malgré tout la formule retenue ne satisfait pas tout le monde : on a comme l’impression que c’est Dieu qui tente le croyant, ce qui est impensable et inacceptable. L’ancienne formule semblait plus claire : « Ne nous laissez pas succomber à la tentation »… Ce qu’il faut affirmer d’emblée, c’est que Dieu ne tente personne : « Que nul, quand il est tenté, ne dise : “Ma tentation vient de Dieu”… Dieu ne tente personne. Chacun est tenté par sa propre convoitise, qui l’entraîne et le séduit » (Jacques 1,13-14). St Paul le disait bien : « Je ne réalise pas le bien que je voudrais, mais je fais le mal que je ne voudrais pas » (Rm 7,19). Heureusement, « Dieu a le pouvoir de vous préserver de la chute et de vous rendre irréprochables et pleins d’allégresse pour comparaître devant sa gloire » (Jude 24) ; c’est pourquoi nous le prions de nous assister de sa grâce. C’est ce que nous lui demandons, ici, dans le Notre Père.

« Ne nous soumets pas à la tentation »

            Comment comprendre cette formulation, pour ne pas en rester sur un contre-sens ou une mauvaise interprétation. Cette troisième demande revient à dire : « Aide-nous Seigneur à ne pas nous laisser surprendre par la tentation, à ne pas nous laisser piéger par le tentateur, à ne pas entrer dans la tentation », comme le disait Jésus à ses trois Apôtres à Gethsémani : « Veillez et priez, afin de ne pas entrer en tentation » (Mt 26,41). Garde nous de consentir ou de céder ou d’acquiescer à la tentation, en nous donnant ta force et ta grâce, en restant auprès de nous, en nous aidant à repousser le tentateur… Ne nous laisse pas entrer au-dedans de la tentation… Arrête-nous à temps !

« … à la tentation »

            Le mot “tentation” a deux sens bien différents : être séduit et être éprouvé.

La tentation séduction est une invitation sournoise, un appel malsain à quitter le bon chemin, à sortir de la volonté de Dieu pour satisfaire nos sens ou nos facultés dans une recherche de plaisir égoïste. C’est un attrait pour quelque chose de mauvais ou d’interdit. Le monde qui nous entoure, domaine du tentateur, est saturé de stimulants à la tentation ; notre société moderne (média, publicité) a atteint un art encore jamais égalé à produire et à exciter la tentation avec une diabolique virulence. Elle stimule la convoitise avec un éventail de moyens inouïs. On peut dire que c’est aujourd’hui « l’heure de la séduction » ! Tenter, c’est séduire pour porter au mal.

La tentation épreuve est une expérience, une difficulté, un malheur, un obstacle mis sur le chemin de quelqu’un pour le provoquer à se dépasser lui-même. Éprouver, c’est essayer, tester, prouver la résistance, la qualité, la fidélité, la solidité, la capacité, la compétente de quelque chose ou de quelqu’un. Le livre de Job, dans la Bible est un bel exemple de “tentation épreuve” qui s’est soldé sur une victoire, sur une bénédiction, sur un bonheur plus grand que le précédent.

C’est évidemment pour résister à la “tentation séduction” que nous demandons à Dieu, chaque jour, sa force et son soutien pour en sortir vainqueur.

Il est nécessaire de rappeler ici que la tentation n’est pas un péché, que la tentation n’est pas le mal ; elle est une provocation au mal ; elle n’est péché que si on y succombe. « Chacun est éprouvé par son propre désir, puis, quand le désir a conçu, il enfante le péché et le péché consommé engendre la mort » « Jc 1,12-14).

Jésus ne nous invite pas à demander au Père de nous priver d’épreuves et de tentations ; ce sont elles qui nous incitent et nous provoquent à grandir dans la foi. Ce que nous avons à demander, c’est la force pour y résister et ne pas y sombrer.

« Ne nous soumets pas à la tentation »

            Cette formulation signifie : « Ne nous laisse pas entrer en tentation, au-dedans de la tentation ». Tant que nous restons extérieurs à la tentation, nous avons toutes les chances de nous en sortir ! Le piège est à l’intérieur : y entrer, c’est comme jouer avec le feu, c’est comme se jeter dans la gueule du loup, c’est consentir à se faire piéger. Y entrer, c’est déjà pactiser avec le mal.

Ce que nous demandons au Père, c’est qu’il vienne à notre aide, qu’il nous envoie la force et le secours de l’Esprit Saint, qu’il ne permette pas que par la malice des hommes, ou par le jeu des événements, ou par notre manque de vigilance, ou par l’entrainement de notre propre faiblesse et complaisance, nous ne soyons pris dans le piège de la tentation, qui nous rendrait captifs du Mal.

« Mais délivre-nous du Mal »

            Matthieu double la troisième demande du Notre Père par une formulation positive : “délivre-nous du Mal ou du Mauvais”. Celui qui incarne le « mal » en ce monde c’est le Diable, le Démon, Satan, le Tentateur, le Prince de ce monde et des ténèbres, ce n’est pas Dieu. Les mots ne manquent pas pour dénoncer l’Ennemi de nos âmes et de notre fidélité à Dieu. « Ce n’est pas contre des adversaires de chair et de sang que nous avons à lutter, mais contre les esprits du Mal » (Eph 5,12).

Jésus a eu à affronter toute sa vie Satan, son adversaire déclaré ; il a mis ses disciples en garde et leur a appris à discerner son action : « L’ivraie, ce sont les sujets du Mauvais ; l’ennemi qui l’a semée, c’est l’Esprit du mal » (Mt 13,38-39).

Quand Jésus parle du mal et de Satan, ce n’est pas pour angoisser ses auditeurs, mais au contraire, c’est pour les rassurer : « Maintenant le Prince de ce monde va être jeté dehors » (Jn 12,31) et encore : « Soyez plein d’assurance, j’ai vaincu le monde » (Jn 16,33), le monde étant synonyme du mal.

Lorsque nous demandons au Père de nous « délivrer », le mot est fort ; il y a l’idée d’un « arrachement » aux « griffes du Mal ». C’est une demande de protection énergique, de libération, de délivrance qui doit nous permettre de traverser notre journée avec assurance et dans la sérénité.

Mais avons-nous conscience de ces dangers qui nous menacent ? Avons-nous conscience de remplacer parfois facilement, instinctivement, le Dieu Père qui nous aime et nous sauve, par tant de faux dieux de notre propre fabrication ? « On ne peut servir deux maîtres ! » (Mt 6,24).

Si nous avons demandé au Père au début de notre journée, de nous « délivrer de tout mal », nous pouvons être sûrs qu’il sera à nos côtés pour nous protéger et nous venir en aide. A nous de demeurer en sa présence et de garder notre main dans la sienne. Il fera le reste…

« Non la main du Seigneur n’est pas trop courte pour nous sauver ;

non son oreille n’est pas trop dure pour entendre » nos appels au secours ! »

Isaïe 59,1

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Publié dans MATTHIEU

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